Si la réflexion autour de l’apport en protéines dans une alimentation végétale est plutôt légitime, elle pose question tout de même sur l’obsession qui existe depuis quelques années autour de ce sujet. Impact important de la culture fitness avec ses biais grossophobe, occulation du plaisir de la table au profil d’une optimisation permanente de son assiette, je trouvais intéressant de traiter de ce sujet et d’essayer de comprendre pourquoi les protéines obsèdent les vegan !

La version podcast

La version retranscrite

Chapitres

  • Introduction : Pourquoi cette obsession des protéines ?
  • La légitimité de la préoccupation des protéines
  • Le rapport problématique à la nutrition et la grossophobie
  • Pourquoi parler des protéines chez les vegans ?
  • Les préjugés sociaux autour du régime vegan et des protéines
  • Différences entre protéines animales et végétales
  • Les difficultés de la transition vers une alimentation végétale
  • Acquérir des automatismes alimentaires en tant que vegan
  • La charge mentale liée à la planification des repas vegans
  • Simplifier ses repas vegans pour les intégrer plus facilement
  • L’alimentation sportive et la survalorisation des protéines
  • Le culte de la protéine dans le milieu sportif
  • Le lien entre la grossophobie et la culture healthy
  • Les réseaux sociaux et la pression sur l’image corporelle
  • Le poids de la performance dans l’alimentation
  • Repenser son rapport à l’alimentation
  • Repenser les protéines dans une alimentation vegan équilibrée
  • Vers une approche bienveillante et inclusive de la nutrition
  • Conclusion : L’obsession des protéines, légitime ou toxique ?

Pourquoi cette obsession des protéines ?

Aujourd’hui, on se retrouve dans un épisode de podcast qui est vraiment une réflexion personnelle que j’avais envie de partager avec vous. Cette réflexion porte sur le sujet des protéines, le fameux sujet des protéines. Et j’avais envie de l’aborder avec vous avec la question suivante, qui est : pourquoi est-ce que les vegans sont obsédés par les protéines ?

Je parle bien d’obsession, c’est-à-dire que c’est vraiment le sujet qui revient tout le temps, qui attire le plus de commentaires, le plus de viralité, le plus d’intérêt, le plus d’inquiétude aussi, le plus de questionnement. Et il y a deux axes intéressants ; en tout cas, j’ai envie d’aborder cette question-là à travers deux axes.

La légitimité de la préoccupation des protéines

Le premier, c’est évidemment la légitimité de cette préoccupation, c’est-à-dire que quand on a une alimentation carnée, les premiers aliments qu’on va enlever, ce sont les aliments qui sont source de protéines. Forcément, c’est tout à fait normal de se demander par quoi est-ce qu’on va les remplacer.

Le rapport problématique à la nutrition et la grossophobie

Le deuxième axe, c’est l’influence d’un rapport très problématique à la nutrition qui n’est pas propre au véganisme, mais qui clairement déteint dessus allègrement, et notamment à travers le prisme de la grossophobie. C’est vraiment le prisme de la nourriture minceur, de la nourriture la moins calorique possible. C’est comme si on devait rendre notre alimentation la plus efficiente possible. C’est vraiment un calcul… permanent : il ne faut pas dépasser, il faut optimiser, il faut rentabiliser. Et tout ça, évidemment, ça a un impact énorme sur notre santé mentale, sur notre rapport à notre corps, évidemment, puisque c’est la nourriture qu’on met dedans, c’est pour notre corps, pour en prendre soin.

Je trouve que cette obsession avec cette catégorie de macronutriments en particulier impacte beaucoup, beaucoup le regard que l’on peut porter sur soi et sur les autres, du coup, par ricochet.


Pourquoi parler des protéines chez les vegans ?

Du coup, le premier point, c’est pourquoi parler des protéines chez les vegans ? Bon, là, la raison, elle est assez évidente. Il y a, à mon avis, une extrême méconnaissance de la nutrition en France, de l’éducation alimentaire tout court. Je pense que si, qu’on soit vegan ou pas, on connaissait beaucoup mieux nos aliments et ce qu’on met dans notre assiette, il y aurait beaucoup moins d’inquiétudes, il y aurait beaucoup moins de questions sur comment trouver des protéines, est-ce que c’est suffisant, est-ce que c’est aussi bien assimilé, où est-ce que je vais les trouver, quelle quantité de protéines je dois consommer par jour.

Vraiment, on se rend compte, quand on aborde le sujet du végétalisme, que ces questions-là, c’est une espèce de marronnier, ça revient en permanence. C’est vraiment lié à une méconnaissance totale de l’alimentation. Il faut dire que, quand on est à l’école, on apprend la fameuse pyramide alimentaire avec des catégories d’aliments. Alors déjà, la pyramide alimentaire, elle est quand même très carnée. Pas ou peu de légumineuses dedans, de tofu, de seitan, de tempeh n’en parlons même pas. De simili-carnés, d’équivalence, en tout cas, à des protéines animales, il n’y en a pas, quasiment pas.


Les préjugés sociaux autour du régime vegan et des protéines

Ce qui fait que quand on veut adopter une alimentation plus végétale — je ne parle même pas de devenir végétarien ou carrément végétalien — on ne sait pas comment faire. Et la peur principale, c’est vraiment : où est-ce que je vais trouver des protéines ? C’est quoi le tofu ? Ça a l’air chelou. Moi, je n’ai jamais acheté ça de ma vie. Je n’ai pas envie de devenir un bobo vegan. Et ça donne lieu à des tas de préjugés, parce que ce sont des aliments qu’on n’apprend pas à connaître et encore moins à cuisiner.

Donc là, on a vraiment un lien entre les préjugés sociaux autour du régime vegan et la question des protéines. Il y a énormément de gens qui associent encore les protéines à des sources animales. Alors que protéines animales et protéines végétales, ça n’existe pas. Ça ne veut rien dire. On devrait dire “source de protéines animales”, “source de protéines végétales”. Parce que les acides aminés sont les mêmes dans les deux cas. Les acides aminés du poulet sont les mêmes que ceux des lentilles ou du soja.


Différences entre protéines animales et végétales

La différence, elle va être principalement dans les nutriments qui vont accompagner ces protéines. Quand vous mangez du poulet, vous ne mangez quasiment que des protéines avec un tout petit peu de fibres, des matières grasses pas toujours au top. Quand vous allez manger des lentilles, vous allez avoir une bonne source de glucides en plus, vous allez avoir beaucoup de fibres, il va y avoir aussi des micronutriments qu’il n’y a pas du tout dans la viande.

Donc c’est vrai que les protéines végétales sont un tout petit peu moins bien assimilées parce qu’il y a beaucoup d’autres macros et micronutriments avec. Ce qui est plutôt positif au final, ce n’est pas du tout quelque chose de négatif. C’est-à-dire que quand vous mangez des aliments végétaux, la plupart du temps, vous avez une palette de macros et de micronutriments qui est complètement inexistante dans les produits carnés. Donc c’est plutôt quelque chose de très positif.


Les difficultés de la transition vers une alimentation végétale

Pourquoi est-ce qu’on parle des protéines chez les vegans ? Parce qu’il y a cette méconnaissance totale, quand on démarre l’alimentation végétale, de savoir où sont les protéines, comment les consommer, comment les cuisiner. Donc ça, c’est le point de vue nutrition.

Le deuxième, pour moi, c’est vraiment lié à un problème de planification et d’organisation. Quand on a un régime omnivore, on sait ce qu’on doit manger. On sait que dans nos assiettes, il faut qu’on ait un filet de poisson, un filet de volaille, deux œufs, tant de fromage. On le sait à peu près quand on se renseigne à peu près sur l’équilibre alimentaire de nos assiettes. Quand on adopte une alimentation plus végétale, on perd cette facilité de planifier. C’est-à-dire que… pour le coup, on se retrouve à devoir organiser des repas.


Acquérir des automatismes alimentaires en tant que vegan

On ne peut pas piocher aussi facilement dans le frigo en se disant “Tiens, je prends une boîte de thon” ou “Je prends deux tranches de jambon”. On le sait inconsciemment, on ne réfléchit pas, on ne se dit pas nutritionnellement qu’il faut manger ci ou ça, on sait qu’il faut ça dans notre assiette. Et du coup, il y a une espèce de gap qui n’est pas facile à franchir, qui demande d’acquérir de nouveaux automatismes.

Et comme tout automatisme, ça met du temps à se mettre en place, mais une fois que c’est là, c’est là. Et un jour, vous prendrez de la même façon une boîte de lentilles, 125 grammes de tofu, 90 grammes de protéines de soja. Ce sont des choses que vous ne calculerez plus, parce qu’à force de les avoir réfléchies, anticipées, planifiées, ça va rentrer dans vos habitudes.


La charge mentale liée à la planification des repas vegans

Mais c’est vrai qu’il y a là encore cette obsession des protéines parce que c’est moins facile au début. Ça ne va pas de soi, ce n’est pas quelque chose d’inné, ce n’est pas quelque chose avec lequel on a grandi. Donc on doit planifier, on doit se poser la question, et c’est vrai que ça prend de la bande passante. Ça représente une charge mentale de végétaliser son assiette. C’est un fait.

Ce n’est pas que ce soit quelque chose de compliqué, c’est juste que c’est de la nouveauté. Et comme toute nouveauté, notre cerveau a besoin de temps pour s’y faire, il a besoin qu’il y ait de la répétition.


Simplifier ses repas vegans pour les intégrer plus facilement

C’est pour ça que moi, je suis tout le temps en train de dire : simplifiez au maximum vos assiettes. Choisissez des recettes que vous aimez.

Quand on dit qu’il faut varier son alimentation, ça ne veut pas dire que vous êtes obligés de varier chaque repas, chaque jour, chaque semaine. Vous pouvez très bien décider que tout le mois qui arrive, vous allez chaque semaine manger les deux mêmes plats véganes. Parce que du coup, vous allez vous faciliter la mise en œuvre, avec le goût, avec la façon de les cuisiner, ça va être beaucoup plus rapide. Et c’est comme ça que ça devient un automatisme, comme avec n’importe quelle nouvelle pratique.

Donc là, on parle vraiment d’une obsession qui va rentrer dans le cadre d’une préoccupation, de quelque chose qui préoccupe, qui inquiète : “Comment je fais pour m’organiser ? Qu’est-ce que je dois manger là ?” On peut très bien connaître les sources de protéines végétales à un certain moment et ne toujours pas avoir le réflexe de les intégrer dans les assiettes, ou de se demander si c’est suffisant. “Est-ce que je vais couvrir tous mes apports avec mon plat de lentilles ou avec mon bloc de tofu ?” Là, on est vraiment sur quelque chose de l’ordre de l’inquiétude, mais qui passe. Vraiment, je vous rassure, ça finit par passer parce que ça va devenir un automatisme. Et votre corps ne va pas vous lâcher parce que vous ne mangez pas des repas équilibrés pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines. Vraiment, on est plus fort que ça.


L’alimentation sportive et la survalorisation des protéines

Le troisième point que j’avais envie d’aborder dans le cadre de cette question sur l’obsession des protéines, c’est l’alimentation sportive et la culture des protéines.

Dans le milieu du sport, qu’on soit vegan ou pas, clairement, encore une fois, les vegans, c’est une toute petite minorité de personnes en France, il y a une tendance à surconsommer les protéines, à les survaloriser. Et les régimes riches en protéines, ils sont souvent mis en avant pour la prise de muscles ou la perte de poids. En fait, cette surconsommation, elle influence aussi négativement toutes les perceptions qu’on a de nos vrais besoins, en fait, pour une personne moyenne.

C’est-à-dire que si vous n’avez pas une activité physique vraiment très importante, vous n’avez absolument pas besoin de consommer autant de protéines. Et on parle beaucoup des protéines, mais dans le sport, on oublie aussi que pour créer du muscle, il faut des glucides. C’est quand même la source d’énergie principale de l’organisme. On fait une fixette sur les protéines parce qu’elles renvoient une image healthy, musclée, fitness, mince, alors que ce n’est pas du tout le seul élément à mettre en avant.

Bien sûr qu’il faut des protéines, mais en fait, il ne faut pas une quantité invraisemblable de protéines. Et moi, je vois trop de gens faire du sport qui consomment énormément de protéines, bien plus que ce dont ils ont besoin. Comme le sport et la nutrition sportive ne sont pas ma spécialité, j’ai reçu plein de témoignages lors d’un récent sondage de gens qui font des trails, qui font du crossfit, qui consomment beaucoup de protéines, mais on ne dépasse pas les 2 grammes par kilo de poids de corps. On n’est pas dans une obsession, on est sur des personnes qui équilibrent leur repas, qui mangent varié, mais qui n’en sont pas à calculer et à optimiser chaque prise alimentaire. On n’est pas, du coup, dans cette obsession d’avoir suffisamment de protéines.


Le culte de la protéine dans le milieu sportif

Je pense qu’à partir du moment où vous avez calculé les protéines dont vous avez besoin en fonction de votre activité physique, cela peut être de 1 gramme à 2 grammes. par kilo de poids, encore une fois, ça dépend de votre métabolisme, de votre poids de corps, de votre poids de santé, de l’activité plus ou moins intense que vous faites — est-ce que vous en faites tous les jours, est-ce que vous faites du CrossFit une fois par semaine ou quatre fois ? Ce ne sont pas du tout les mêmes besoins dans ces cas-là — vous n’avez pas besoin de manger autant de protéines.

Il y a vraiment cette espèce de culte de la protéine comme synonyme direct de la prise de muscle. Et ça, ça impacte énormément l’image qu’on a de soi en tant que personne lambda, avec une activité physique tout à fait correcte, voire même pas d’activité physique, mais en même temps que vous ayez une activité physique moyenne, régulière, mais pas non plus à un niveau olympique ou de compétition, vous n’avez pas besoin d’en consommer autant. Donc il n’y a pas besoin de transformer ça en obsession.


Le lien entre la grossophobie et la culture healthy

Le quatrième point, il découle directement du précédent, c’est le lien entre la grossophobie et la culture healthy. L’autre facette de cette obsession des protéines, elle touche à la pression sociale, à l’apparence et au poids. La culture healthy et fitness est super visible sur les réseaux sociaux, pour ça c’est vraiment un fléau. On a très vite fait d’être entouré et enfermé dans une espèce de bulle, en fonction des contenus qu’on va regarder ou auxquels on va prêter un peu plus d’attention. Du coup, les algorithmes ne vont nous proposer que des contenus qui y ressemblent.

Donc, si vous regardez beaucoup de avant-après, beaucoup de vidéos de régime, beaucoup de repas hyper-protéinés, beaucoup de gens qui font du sport, par exemple, vous n’allez voir que ça. Et du coup, ça fait la promotion d’une image complètement idéalisée du corps musclé, du corps sec, qui va être associée dans votre esprit à une alimentation riche en protéines et pauvre en graisses et en glucides. Et c’est complètement biaisé. Parce qu’en fait, ce que vous voyez, c’est une petite minorité de gens, sauf que vous allez en être complètement entouré. Et pour ça, alors autant les réseaux sociaux ont beaucoup d’avantages et de points vraiment simples, autant par contre, l’enfermement dans un algorithme, c’est vraiment une vraie plaie.


Les réseaux sociaux et la pression sur l’image corporelle

On a l’impression que tout le monde mange protéiné, que tout le monde mange mince, que tous les gens qui font du sport font hyper gaffe à leur alimentation et qu’il faut manger beaucoup de protéines. Donc on en revient encore à notre situation de personne lambda qui n’a absolument pas les mêmes besoins.

La grossophobie, évidemment, touche absolument tous les milieux. Le milieu vegan n’est pas du tout épargné. Et c’est hyper insidieux, en fait, dans ces milieux, parce qu’on va vraiment porter une attention précise à l’alimentation, peut-être plus accrue que dans une alimentation omnivore, parce qu’on a cette pression de devoir montrer qu’on fait les choses bien, qu’on équilibre bien les assiettes, que c’est tout à fait possible d’avoir un régime vegan avec suffisamment de protéines et qu’elles sont bien assimilées.


Le poids de la performance dans l’alimentation

L’alimentation, en tant que nutrition, va devenir une obsession pour prouver qu’on peut bien faire. Ce qui fait que quand on mange bien et qu’on est gros ou grosse, on a l’impression de ne pas faire les choses comme il faut, parce qu’on n’a pas de modèle pour ça. On a l’impression que si on est gros, c’est parce qu’on ne mange pas bien, parce qu’on ne mange pas assez de protéines, puisque les protéines sont associées à la minceur, au sport, au corps ferme et fin. C’est associé à la performance sportive.

C’est pour ça que je vous invite vraiment, si vous êtes sur les réseaux sociaux, peu importe lesquels, à essayer d’aller rechercher des comptes de gens qui sont gros ou de gens qui n’ont pas du tout les critères de beauté standard et qui font du sport et qui sont musclés. Parce qu’en fait, il y a des tas de gens qui ne sont pas minces et qui sont musclés.

Moi, je ne suis pas du tout mince, mais je suis musclée. Certes, c’est caché en dessous, mais c’est là. Et c’est une vraie réalité, ça, en fait, qu’on ne voit pas du tout. Moi, je vois trop de gens minces, là, qui sont un petit peu assis, vous savez, avec les fameuses photos avant-après, et qui vont montrer les trois plis de peau qu’ils ont sur le ventre en disant : “Là, ne croyez pas tout ce que vous voyez sur les réseaux sociaux.” Mais meuf, t’as juste de la peau, en fait. Heureusement que ça plie. Parce que si assise, ta peau ne plie pas, je t’explique pas quand t’es debout, avec le ventre droit, ça craque de tous les côtés.

Entourez-vous de modèles qui vous inspirent. Et s’il y a des gens qui vous mettent mal à l’aise, ou si vous en avez assez de voir un espèce de modèle dans lequel vous ne vous identifiez pas du tout, désabonnez-vous, désabonnez-vous. Mais en tout cas, entourez-vous vraiment bien, pour ne pas avoir des modèles qui ne correspondent absolument pas à votre morphologie, à vos besoins, à votre rythme de vie, à votre pratique sportive.

En fait, se préoccuper du contenu de son assiette, c’est quelque chose de très sain, à la base. Je ne suis pas en train de vous dire “Ne faites pas attention à vos protéines, ne faites pas attention à vos glucides.” J’essaie, moi, à travers cette réflexion, de vous dire que se préoccuper de son alimentation, c’est bien, mais en faire une obsession, c’est naze. Peut-être qu’il y a un juste milieu qui se situe dans la tranche du “assez bien”.


La recherche de la perfection alimentaire

Je fais assez bien, j’équilibre assez bien mes assiettes, j’ai un ratio assez bon, j’ai une variété de repas relativement correcte. J’ai une pratique sportive qui est assez bonne, j’ai une santé qui est assez bien. On n’est pas obligé d’être toujours dans la perfection, dans le trop, dans le toujours plus. Et, pardon, je ne vais vraiment pas virer dans le développement personnel, je vous promets, mais cette question des protéines, je trouve qu’elle est hyper révélatrice de notre rapport à l’alimentation, de notre rapport au corps et de ce souci de vouloir bien faire, de faire mieux, de toujours faire mieux.

On ne sort pas de cette notion de toujours faire mieux, ça nous colle aux basques, et ce truc, c’est quand même insupportable. Donc même dans le milieu vegan, qui est censé être un milieu inclusif, bienveillant, respectueux des autres, ben non, pas du tout. Le milieu vegan est composé de gens de tous horizons. Et on retrouve des gens qui ont une vision biaisée, à mon avis, de l’alimentation, et qui vont la marteler, la répéter, avec en plus souvent une espèce de parole qui fait autorité.

Ces gens-là, ils sont coachs, ils sont diététiciens, diététiciennes, ils sont influenceurs, influenceuses, avec des diplômes universitaires. Et du coup, on va avoir tendance à se dire que ces gens, ils savent quand même de quoi ils parlent. Et il y en a plein qui savent de quoi ils parlent. C’est juste que, faites attention, en fait. Essayez de prendre un peu de recul et de vous dire : “Moi, ce contenu-là, il me met mal à l’aise parce que cette personne-là, elle n’a pas mon corps, elle n’a pas ma morphologie, elle n’a pas mes habitudes, je ne mange pas la même chose qu’elle.”


Repenser son rapport à l’alimentation

Est-ce que je ne peux pas plutôt me demander : “Est-ce que mes apports sont bons ? D’où viennent mes sources de protéines principales ?” Peut-être déjà tout simplement calculer la quantité de protéines dont vous avez besoin par jour et vous allez vous rendre compte que ce n’est pas parfois très élevé, que c’est tout à fait jouable en en intégrant à chaque repas — du petit-déjeuner aux collations, aux encas, au déjeuner, au dîner — et qu’en fait, ça se fait très bien.

Alors oui, ça demande une planification, bien sûr. Oui, ça demande de faire ses menus, ça, alors, je radote. Mais en fait, ça va vous aider, ça va vraiment vous aider à dédramatiser, à prendre du recul, et surtout à vous rassurer. Que vous soyez quelqu’un de mince ou quelqu’un de gros, vos besoins ne sont pas ceux des personnes que vous suivez. Donc faites-vous votre propre programme alimentaire qui vous correspond à vous, qui vous va bien en fait, sans tomber dans cette obsession.

Je sais que c’est super dur. Vraiment, je sais que c’est hyper dur, parce que c’est omniprésent. C’est vraiment omniprésent.


Repenser les protéines dans une alimentation vegan équilibrée

Le cinquième point, il me semble important, c’est de repenser les protéines dans une alimentation vegan équilibrée. Donc c’est ce que je viens de vous dire : connaissez vos besoins, ne vous fiez pas aux besoins des autres. Les recommandations de santé, la plupart montrent qu’il est vraiment facile de couvrir ses besoins avec une alimentation variée. Variée, ça veut simplement dire en ayant une base d’aliments qui contient des protéines en quantité suffisante, adaptée à votre appétit.

Et c’est aussi important de savourer ce que vous mangez et de ne pas le regarder uniquement sous le prisme de la valeur en protéines ou en glucides. Vous ne mangez pas des protéines, vous ne mangez pas des glucides, vous ne mangez pas des lipides, vous mangez des aliments. Vous mangez de la nourriture. Manger des protéines végétales ne doit pas être une source d’anxiété, on ne doit pas sur-analyser ce qu’on mange. Analyser, oui, mais sur-analyser, non, pas du tout. C’est hyper préjudiciable.


Vers une approche bienveillante et inclusive de la nutrition

Il faut vraiment qu’on réfléchisse à une vision beaucoup plus bienveillante et inclusive du végétalisme et de la nutrition en général. Cela veut dire qu’il faut accepter la diversité des corps, la diversité des besoins nutritionnels, des modes de vie. Il faut vraiment remettre en question l’impact de la culture sportive, qui est vraiment dominante, et qui valorise à tout prix la minceur et la performance.


Conclusion : L’obsession des protéines, légitime ou toxique ?

Pour résumer cet épisode, on a vu que l’obsession des protéines chez les vegans est légitime au début. Mais cela ne doit pas devenir une source de stress. On a vu que la culture fitness et la grossophobie influencent cette obsession, même dans des communautés soi-disant bienveillantes comme le véganisme, qui valorisent la compassion et l’empathie. Mais finalement, on n’est pas du tout épargné non plus. C’est très, très contagieux.

J’aimerais vraiment que vous revoyiez votre approche des protéines avec beaucoup plus de sérénité et de bienveillance. Faites-vous des listes dans la cuisine et reportez-vous-y. Ne soyez pas obsessionnels : que vous en ayez un peu plus ou un peu moins de temps en temps, ce n’est pas grave. Gardez vraiment cette idée du “c’est assez bien ce que je fais” parce que vous faites du mieux que vous pouvez, et c’est très bien. L’alimentation, ce n’est pas que des protéines, ce n’est pas que des macronutriments.

C’est important de connaître ce qu’on mange, d’essayer de pourvoir au mieux à nos besoins, bien évidemment. Mais c’est aussi une opportunité de découvrir de nouvelles saveurs, de nouvelles façons de cuisiner, de prendre soin de vous, et de faire des choix éthiques. Ça, il ne faut pas l’oublier non plus. Souvent, on fait ce choix-là pour des raisons éthiques, mais il ne faut pas que ça devienne un enfer. Il ne faut pas que ça abîme votre estime de vous-même de vous mettre à manger végétalien.


Je suis évidemment extrêmement curieuse d’avoir vos retours sur ce sujet, donc n’hésitez surtout pas à m’en parler, à nous en parler en commentaire. Quel est votre rapport aux protéines, au sport, à l’alimentation ? Est-ce que ce rapport à la grossophobie, c’est quelque chose auquel vous aviez déjà pensé avant, ou est-ce que pas du tout ? Vous vous dites peut-être que, finalement, c’est vrai qu’il y a des choses qui font sens maintenant.

Voilà, ça m’intéresse d’avoir votre retour. Et puis, sur ce, je vous dis à la prochaine. Ciao !

18 Comments

  1. Violette Besson says:

    Bonjour Mélanie,

    Merci pour ce podcast qui me fait beaucoup de bien ! Avec la nouvelle année et les millions de bonnes résolutions, mon anxiété de la santé s’est réinstallée et m’a fait supprimer les RS. J’avais vraiment besoin d’entendre ces mots pour me détendre ! 🙏🏻

  2. Estelle says:

    Toujours si intéressants tes articles! J’aime beaucoup t’écouter.
    Ce que j’aime faire pour mes apports de protéines, c’est de me dire que je peux en ajouter plein de petites touches. Parce que les carnistes ont facilement 20-30g de protéines en un repas, c’est parfois plus difficile en étant végeta*ien d’avoir cela en un seul aliment… Mais en fait avec plein de petites choses on peut vite y arriver (des petites graines, qlq noix, un bon tofu, les féculents, de la levure maltée à la louche,….) et ça aussi je le retrouve souvent dans ton contenu, j’adore! 🙂

    Je me rends compte aussi (et en fait je suis sûre qu’on est plusieurs dans le cas) qu’en fait, je ne calcule pas. Donc j’ai zéro idées (enfin, zéro…) de combien j’en consomme réellement. Le mieux, c’est juste de prendre son courage à 2 mains et de calculer quelques jours / une semaine pour être rassuré.es (mais c’est vrai que c’est “chiant” mais c’est important… tout autant que pour le calcium, l’iode, le fer… C’est juste qu’on doit changer de repères).

    Le lien avec la grossophobie est si vrai! On le voit tellement en ce moment.
    Gros retour des petits déjeunes protéinés et salés. J’aodre bien sûr, je suis team pt dej salé mais c’est trop souvent tourné “perte de poids” je trouve… (comme le sport en fait!!! Grr).

    Merci Mélanie, de partager tes réflexions!

    1. Bonjour Estelle,
      Effectivement, ce que j’appelle les protéines complémentaires, quand on commence à les visualiser et à en avoir dans les placards, c’est vote faut d’en ajouter partout. Et déjà connaitre ses besoins + prendre 3/4 journées à la suite permet de voir où ça pêche et d’essayer d’adapter. Il suffit souvent de quelques modifications simples pour augmenter son apport 🙂
      La frontière est mince entre attention et obsession, il faut rester vigilante 🙂

  3. aude says:

    bonjour Mélanie,

    Merci pour cet éclairage très intéressant !
    Je suis justement dans ma phase “protéines”, plus de sport etc. ça n’est pas exactement une obsession, mais j’essaie de l’avoir en tête (et c’est aussi très culpabilisant quand on se rend compte qu’on n’y arrive pas comme on voudrait).
    Je ne prends pas le temps de faire des menus, et je sais que je devrais, mais c’est plus fort que moi, je n’y arrive pas.
    J’aime beaucoup cette façon de voir les choses et de se dire qu’on fait “pas trop mal” et c’est déjà pas mal. J’ai toujours l’impression de ne pas faire assez, mais effectivement, je pense que si je compare à la population générale, il est très probable que mon alimentation soit bien plus variée et équilibrée. Difficile de se séparer de cette petite voix qui vient toujours te rappeler que “ça n’est pas assez bien”.
    Le lien avec la grossophobie me semble très juste et pertinent !
    encore un podcast passionnant 🙂

    1. Bonjour Aude,

      Cette petite voix, c’est une vraie plaie, mais c’est important de se rappeler qu’en prêtant déjà une attention globale, les résultats sont forcément là, même si c’est une moyenne, même si ce n’est pas chaque jour. Vive la mention assez bien !

  4. Kim says:

    Je me suis retrouvée dans une certaine forme d’obsession, non pas uniquement sur les protéines mais plutôt sur l’équilibre de l’assiette. Une charge mentale qui heureusement est passée une fois que les nouvelles habitudes étaient ancrées.
    Mais je pense aux menus végétariens du restaurant de mon entreprise (c’est assez récent), qui, je trouve, manquent de protéines végétales. Non pas qu’on risque la carence mais plutôt pour leur effet rassasiant. Donc je te rejoins sur le fait d’un juste milieu entre ne pas du tout y faire attention et l’obsession.

    1. Bonjour Kim,
      Oui, c’est une charge mentale au début, on ne peut pas le nier, et c’est tout l’intérêt d’y aller petit à petit, et de se rappeler qu’on n’a pas besoin d’avoir des assiettes parfaites tous les jours non plus.
      Et c’est un vrai problème dans les cantines, tellement sont incapables de proposer des repas complets, je le vois bien dans le collège de mes enfants… J’espère que ça changera !

  5. Marie-Louise says:

    Bonjour Mélanie, merci pour ce podcast qui me fournit tout un tas d’arguments clairs pour ces fameuses discussions autour du végéta*isme ! Je suis comme toi assez fatiguée de cette obsession, d’autant que de mon côté je suis plutôt détendue sur ce sujet, ce qui fait que je me sens un peu agressée quand on me pose des questions là-dessus 😒. Les clichés de toutes sortes sont légion (le dernier en date entendu au boulot : “il n’y a pas de vegan gros”) et on oublie souvent qu’une grande partie de la population mondiale est juste préoccupée d’avoir assez à manger, et que beaucoup de personnes mangent mal même avec suffisamment de protéines ! En t’écoutant, j’ai repensé à mon prof d’histoire-géo de 4eme (fin des années 80 😉) qui avait fait le lien entre alimentation hyper protéinée et augmentation des déchets organiques et le problème écologique que ça posait… Sinon, j’ai bien ri quand tu as parlé des plis du ventre 😄. Bref, merci pour cette réflexion et pour tes articles de manière générale ☺️.

    1. Bonjour Marie-Louise,

      C’est vrai que c’est parfois vraiment disproportionné par rapport à nos besoins et à la situation alimentaire que vivent tant de gens. Quant au vegan gros, je ne sais même pas quoi répondre tant c’est faux^^.
      Bonne journée !
      Mélanie

  6. Cécile says:

    Bonjour Mélanie,
    Alors moi, je suis contente d’avoir eu un tas d’infos sur les protéines sur ton blog, car ça vraiment aidé à franchir le cap de l’alimentation végétale (pas encore vegan mais ça viendra, je le sais) sans complexer (je me sentais face à une montagne, de pas savoir comment procéder : quelles protéines ? Combien ?), ni m’inquiéter pour mes enfants.
    Je ne suis pas très branchée diététique, ça m’intéresse mais c’est minutieux, je trouve, et tes contenus concernant les protéines m’ont bien guidée.
    Sans être une obsession, c’est un certain sujet d’attention.
    Pour finir, j’ai écouté le podcast et le son était principalement dans l’écouteur gauche, ce n’était pas très confortable (j’ai essayé avec de la musique et c’était bien équilibré). Je ne sais pas trop à quoi c’est dû…

    1. Bonjour Cécile,

      Oh mince, je suis désolée pour le son, je fais le montage sans casque et je n’ai pas noté de différence, mais effectivement, je viens de vérifier avec des écouteurs, il y a un déséquilibre. Je serai plus vigilante la prochaine fois.

      Concernant les protéines, je pense que c’est super important de se pencher dessus, évidemment (d’où mes nombreux contenus à ce sujet 🙂 ). Mais le temps de prendre en compte nos besoins, comment y répondre (et ça peut prendre du temps selon sa facilité ou non à cuisiner et à appréhender les aliments). Mais qu’ensuite, ils ne doivent pas devenir une obsession. J’aime bien ta formule : “sujet d’attention”. C’est tout à fait ça ! Mais au même titre que les oméga 3, le calcium ou encore le fer par exemple.

  7. Marina says:

    Bonjour Mélanie
    Je n’ai jamais eu l’obsession des protéines mais grâce à tes articles j’essaie de faire au mieux. Par contre, les gens autour de moi (majoritairement des carnistes) ont tous un diplôme (acheté chez Ali express) en nutrition. Au début de mon végétarisme avant d’être vegan, j’avais au moins 1 personne sur 3 qui me parlait de ma carence en protéines, ça me rendait dingue. Autour de moi, ce sont eux les obsédés de la protéine, bon il faut dire que je n’ai pas d’autres végans que moi dans mon entourage 😅
    Merci pour ce podcast écouté au p’tit dej 😁
    Bonne journée

    1. Coucou Marina,
      Ahhh les fameux diplôme Ali express. Ce sont les mêmes que ceux dans les pochettes surprises qui confèrent un niveau d’expertise et de lourdeur très élevées^^!
      Conte si ça t’a plu !

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