VG pratique

Pour un dialogue apaisé entre vegan et omnivores

Je suis d’ordinaire une personne qui possède beaucoup d’humour, qualité indispensable pour moi chez autrui, mais il y a des moments, bon sang de bazar de Breizh, ou y’en a marre.

Il y a de plus en plus de personnes dans mon entourage qui réfléchissent. Qui tâtonnent, qui franchissent le pas. Un pied devant l’autre avec beaucoup de questionnement, d’appréhension, et rencontrant beaucoup de critiques extérieures.
J’ai beaucoup de mails de personnes qui angoissent à l’idée de l’annoncer à leur famille, de sortir manger avec leurs potes, de chercher des chaussures sans cuir pour leur bébé, de démarrer une grossesse sans poisson, oeuf, viande. Mais qui se disent que, peut être, le modèle alimentaire et le mode de consommation connus jusqu’ici ne sont pas les bons. Que ceux dans lesquels nous sommes élevés ne sont pas uniques. Et que ce n’est pas parce qu’ils sont suivis par une majorité qu’ils se justifient.

A de nombreuses reprises, on me dit très gentiment : « Vos recettes sont chouettes, vous êtes toujours de bonne humeur quand vous parlez de végétalisme », « On ne se sent pas jugés parce qu’on achète de la viande (les quelques clients dont il me restait à honorer d’anciens menus de mariage cet été me félicitent : « bravo, prendre un tel virage alors que votre entreprise tournait si bien, quel risque ! ») », « Ça fait du bien de voir un vegan tolérant dans cette secte d’extrémistes, qui accepte que chacun mange ce qu’il veut. »

Autant être honnête, non, je n’accepte pas que chacun mange ce qu’il veut et j’ai même de plus en plus de mal avec ça. Parce qu’aujourd’hui, on ne peut pas manger ni consommer ce que l’on veut sans réfléchir aux conséquences.

Sans penser que nos choix sont décisifs aussi minimes soient-ils à titre individuel.

Sans penser qu’un animal – être vivant, pensant, très souvent intelligent et doué des mêmes instincts que l’homme n’est pas un garde-manger, un manteau, une paire de chaussures, un foulard, un sac, une machine à oeuf, une couverture de carnet, une ceinture.

Sans penser qu’on a le droit de séparer des veaux / agneaux / chevreaux de leur mères pour leur prendre leur lait, alors qu’on jugerait intolérable un élevage de femmes « à lait ».

Qu’on a le droit de broyer vivants des poussins mâles par millions parce qu’ils sont inutiles à la production d’oeuf.

Qu’on a le droit de s’acheter des chaussures en cuir parce que c’est canon alors qu’un animal a été torturé pour ça.

Qu’on a le droit de s’acheter un pull en laine pensant qu’un gentil mouton à été tranquillement tondu sur sa montagne, alors que 80% de la production mondiale de laine vient d’élevages de moutons qui subissent des mutilations épouvantables et sont jusqu’à 8000 par « fermes ». Les rares autres élevés en pleine nature finissent en pâtés et en grillades.

Qu’on a le doit de dire « mon chat / mon chien est trop mignon, jamais je ne pourrais lui faire de mal » et remplir son frigo de cochon, mouton, poulet. Comme s’ils étaient différents.

De se dire que tuer un agneau c’est mal, mais un poisson…c’est moins joli, ça ne souffre pas, ça ne pense pas, et puis la pêche ça détend.

J’en ai marre qu’on me dise « il y a de gentils éleveurs qui aiment leur animaux ». Oui, en effet, il y a de gentils producteurs qui aiment leur animaux…jusqu’à ce qu’ils ne leur servent plus à rien et finissent dans l’assiette comme un bien de consommation, au même titre que des pommes de terre ou des haricots verts.

Je ne supporte plus qu’on me dise « jamais je ne serai vegan, la viande c’est trop bon, le fromage c’est trop bon, le foie gras je ne peux pas m’en passer, j’aime trop ma veste en cuir, mon châle en soie ».

Mais je peux m’insurger contre tout ceci parce que, bien que je sois un « bébé » dans cette démarche et qu’il me reste de très nombreuses choses à apprendre, j’ai vu beaucoup de documentaires. J’ai lu beaucoup de livres, d’études, j’y ai très longuement réfléchi et j’ai énormément échangé avec de très nombreuses personnes.

Mais.

Mais on m’aurait balancé tout ça du jour au lendemain, il y a 3 ans avant que je ne devienne végétarienne, puis il y a un an avant que je ne devienne vegan, je me serais braquée. Comme le font la majorité des omnivores. Je n’aurais pas compris, j’aurais été interloquée. J’aurais trouvé très désagréable, énervant et intrusif qu’on vienne m’expliquer que ce que je faisais c’était mal, c’était nul, et puis merde, je fais ce que je veux !

« Quoi ? Mais non, ce n’est pas ce qu’on m’a dit, ce n’est pas ce que je vois à la télé, ni dans les champs à côté de chez moi! Un animal, c’est fait pour être mangé parce que…parce que…parce que, je n’en sais rien, c’est comme ça! Je vais manger quoi, sinon? Et puis ramasser un oeuf, ça ne fait pas de mal à la poule! Et puis traire une vache, c’est essentiel pour elle! Et ils vont faire quoi comme travail les fermiers sinon? Comment meurent les vaches ? J’en sais rien, je ne veux pas savoir, c’est sans doute trop dégueu ».

Moi aussi, j’ai traité les « stars », mères, veganes, d’irresponsables mettant en danger leur enfant.

Moi aussi, j’ai pensé que les organismes qui sauvaient les baleines étaient héroïques et n’ai jamais prêté attention à ceux qui chaque jour défendaient les animaux d’élevage. Parce qu’une baleine, c’est sublime. Un cochon, c’est banal.

Moi aussi, j’aimais marcher sur le sable et voir les oiseaux voler au dessus de la mer, me promener en forêt et les entendre chanter. Ca ne m’empêchait pas de manger du pigeon, du poulet, du canard, qui sont des oiseaux pourtant.

Moi aussi j’ai trouvé scandaleux les tests réalisés en laboratoire sur des singes, des lapins, des souris. Sans jamais faire attention aux compositions de mon shampooing, de ma crème de jour, de mon mascara.

Moi aussi j’ai trouvé abominable qu’on tue les éléphants et les rhinocéros pour leurs défenses sans savoir qu’on arrachait les dents à vif des porcelets pour ne pas qu’ils s’attaquent entre eux à cause de la folie et la terreur les gagnant, qu’on coupait à vif le bec des poussins pour les mêmes raisons, qu’on arrachait la queue, encore à vif des mêmes porcelets pour ne pas que les congénères les mangent, toujours à cause de la violence issue de la grande promiscuité et des conditions de vie, qu’on découpait à la scie électrique les fesses des moutons à laines pour éviter les infections à cause du poids trop lourd de la laine.

Moi aussi je n’ai jamais compris que l’on puisse chasser des animaux sauvages et ça m’a toujours retourné l’estomac de penser à ces belles bêtes abattues dans leur élément naturel qui n’avaient rien demandé. Sans jamais m’interroger sur le bien fondé de manger mon jambon à l’os, mon saumon à l’oseille, mon magret au miel si bons.

Moi aussi, j’aurais trouvé cela extrêmement violent qu’on me dise tout ça. En toute absence de réflexion, de logique, de bon sens, j’aurais trouvé cela extrême. J’aurais avancé qu’il y a quand même des animaux qui vivent sans souffrance, sans pousser la réflexion Animal = pas un bien de consommation, quel que soit le mode de vie.

Moi aussi j’aurais sans doute dit « STOP! Ça suffit! »

Mais franchement, qu’est ce qui est le plus pénible : l’entendre, le voir  ou le vivre?

Imaginer que tu vas renoncer à l’un des plus grands plaisirs de la vie est impensable. On a TOUS pensé qu’en dehors de la viande et du poisson, la cuisine serait fadasse.

Parce que nous ne sommes pas élevés dans ce rapport à l’animal. Dès tout petit on nous apprend à faire la différence, contre tout bon sens ou toute logique, entre l’animal sauvage, l’animal domestique, et l’animal d’élevage. Sûr que c’est plus facile de sympathiser avec un chat ou un chien qu’avec une truite ou un crabe!

Alors je comprends qu’apprendre tout cela soit difficile, que de voir sa vie transformée à ce point soit compliquée, que de devoir subir des réflexions de merde quand tu es en société sur ton côté « bobo » (mais ça veut dire quoi ce mot??) – C’est bien mignon de se soucier des animaux mais et les gens ? – Et sinon l’herbe elle souffre quand tu la tonds ! – Encore un truc de riche – Tu nous fais chier on va faire quoi à manger – Franchement c’est compliqué ton truc – Et alors à partir de là tu laisses les moustiques de piquer et les mouches t’emmerder – T’es marrante mais dans le désert ils mangeraient quoi – Et l’Homme a pu survivre parce qu’il chassait le mammouth – Avec ton raisonnement on n’en serait à se saper avec du foin et des roseaux – Et si tu survivais à un crash d’avion et qu’il n’y avait que de la viande, tu mangerais quoi, hein, hein, hein??

Mais je reste persuadée que jeter tout cela à la figure de quelqu’un est contreproductif, que beaucoup, comme moi quand j’ai commencé ma démarche, ne demandent qu’à apprendre, à savoir, à être informé. Que la discussion et le débat sont bien plus intéressants et sources de changement que la hargne et la violence. Que le jugement n’apporte strictement rien sinon un sentiment de malaise. Quand tu es de l’autre côté, que t’as compris et accepté de changer,  tu as forcément envie de secouer tout le monde « MAIS VOUS NE VOYEZ RIEN? ». Non, on ne voit rien tant qu’on est pas prêt, tant qu’on ne veut pas voir, tant qu’on ne sait pas. Et on ne va pas pour autant s’exclure de toute vie sociale, même si souvent la famille et les proches (pas dans mon cas, j’ai de la chance) sont un barrage énorme à l’épanouissement dans cette nouvelle voie, difficile dans notre société actuelle, française qui plus est.

Alors oui j’échange toujours bien volontiers, sans jugement ni discours moralisateur, avec un très grand plaisir même. Oui j’aimerai que les omnivores cessent de nous traiter d’extrémistes attardés sans savoir de quoi il s’agit, et que les vegan cessent de tirer sur tout ce qui bouge dès que les gens ne savent pas ou ne comprennent pas. On ne va pas refaire le monde en un jour.

Mais le prochain qui me dit qu’il lui sera IMPOSSIBLE de passer Noël sans son foie gras parce que, quand même, le foie gras, je ne sais pas ce que je rate, je me fâche.

7 réflexions au sujet de « Pour un dialogue apaisé entre vegan et omnivores »

  1. Tes mots font sens, il faut être prêt pour comprendre ces changements que nous opérons pour un mieux vivre, c’est un très bel article, intelligemment rédigé, un grand bravo pour cette analyse et pour ta patience, car j’en sais quelque chose, la patience et l’humour permettent toujours de dialoguer simplement entre vegan et omnivores en paix =)

    Une bise

    Anna

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    1. Merci beaucoup pour ce message Anna, cela me touche et me rassure) de voir que nous sommes quelques uns sur la même longueur d’ondes prônant le même discours. Et sans humour, ma foi, il n’y a que peu de dialogue possible 😉
      A bientôt,
      Mélanie

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  2. Salut Mélanie,
    Je viens de relire ton post. Je le trouve parfait pour expliquer aux gens qui me demandent pourquoi je suis vegan, je leur transférerai direct ! Merci pour ce travail de synthèse et surtout la manière à la fois pacifique et réaliste avec laquelle tu présentes les choses.

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    1. Bonjour Claire, J’ai en effet essayé d’être concise. C’est tellement miné comme terrain ce type de discussion, qu’il me semble importat de peser ces mots. Même si on a tous une une énorme période de colère contre nous même (de n’avoir pas ouvert les yeux avant) et les autres (de ne toujours pas les ouvrir), je crois vraiment au dialogue et pas au lynchage que je vois sur tellement de forums, sur facebook, etc, dans les deux sens. Les « jamais suffisamment vegan », les  » omnivores égoïstes et aveugles »…De l’information, du dialogue et c’est comme cela que l’on avance. Peut être trop doucement parfois, mais on avance tout de même.

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  3. Merci pour ce texte sage et apaisant!
    J’ai encore beaucoup de mal avec les repas de famille au restaurant… exemple recent avec ma nouvelle belle-famille: 10 personnes; 9 qui commandent un gros steak saignant, et moi qui négocie avec la serveuse pour ne pas avoir de crème dans ma soupe au potiron… Gros sentiment de solitude, voire de désespoir.
    Résolution pour 2017: suivre mon propre chemin et ne pas me laisser affecter par ceux qui ne veulent pas ouvrir les yeux sur ces sujets.

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    1. Bonjour Claire,
      J’ai souvent au ce sentiment de solitude, je connais bien ! Maintenant les rares fois ou l’on sort au restaurant, j’appelle avant pour aménager un plat afin d’éviter toute discussion sur place et de perdre du temps. Il est toujours difficile de voir que son entourage ne souhaite pas ouvrir les yeux mais l’essentiel est de s’écouter soi et d’arriver à vivre selon ses convictions. Peut être qu’au passage, quelques personnes seront touchées.
      A très bientôt,
      Mélanie

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  4. étant fléxitarienne je t’ai lu avec beaucoup d’attention. Je ne suis pas surprise qu’il existe des gens avec une intelligence aussi manifeste je déplore juste qu’ils soient si peu nombreux. En effet je me suis faite « jeter » par des véganes alors que j’étais en plein marasme, je me posais des questions, je n’ai rencontré qu’une haine brulante et des insultes quand j’ai mentionné être omnivore. Et pourtant j’étais arrivée en toute humilité avec un gros sac de doutes et d’inconnus. et puis j’ai rencontré une nouvelle personne et mon regard a changé. c’est la petite amie de mon meilleur ami. elle est végétarienne mais elle fait du sport, elle n’est pas carencé, elle est super balèze en nutrition.. du coup je me suis mise à lui poser des questions et jamais elle n’a paru blessée ou vexée, elle m’a toujours répondu du mieux qu’elle pouvait. C’est grâce à elle que j’ai changé et que je change encore. vers le flexitarisme, pour devenir de plus en plus voir 100%vg . chacun suit son chemin, ce qui compte c’est que les choses changent même si à mon sens on aura du pain sur la planche. appelle ça du cynisme ou ce que tu veux, je ne crois pas qu’on pourra complètement éradiquer l’utilisation des animaux dans notre société. pour te donner un exemple je suis doreuse, je pose des feuille d’or sur des décors en bois. c’est un très beau métier dont les règles n’ont pas variées depuis le moyen age… ça y est tu me vois venir. nous utilisons dans toute nos préparations de la colle de peau de lapin car seul le collagène permet de créer la colle mère. c’est impossible de la remplacer par un produit de substitution. et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres…
    Cependant le combat n’est pas vain pour autant et je pense qu’en essayant comme tu le dis de laisser la place au dialogue, on peut faire beaucoup.

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