“Le véganisme est un mode de vie qui cherche à minimiser la souffrance animale et à réduire l’impact environnemental en évitant la consommation de produits d’origine animale. Cela inclut non seulement les aliments comme la viande, le poisson, les produits laitiers et les œufs, mais aussi les produits non alimentaires comme le cuir, la laine et les cosmétiques testés sur les animaux”.
C’est une définition pourtant pleine de bon sens et, même si elle peut bousculer les convictions et les habitudes, il y a pourtant un reproche qui revient souvent et qui me laisse perplexe (mot très poli pour dire WTF ?!) : ce n’est pas “naturel”.
On en parle !

Définir le naturel et la naturalité
Naturel
Le terme « naturel » se réfère à ce qui existe dans la nature sans intervention humaine. Cela inclut tout ce qui est d’origine biologique et non fabriqué artificiellement.
En d’autres termes, ce qui est « naturel » est ce qui est présent dans le monde en dehors des modifications humaines. En bref, vous êtes mal barré·e si vous voulez vivre “naturellement”, car aussi proche que l’on soit de la nature, il y a quand même un paquet d’inventions et d’évolutions qui nous sauvent bien la mise aujourd’hui, ne serait-ce que la médecine ou encore l’électricité telle que nous l’utilisons aujourd’hui.
Naturalité
La naturalité est une notion plus abstraite qui renvoie à la qualité de ce qui est considéré “comme naturel”. C’est l’attribut de quelque chose qui est perçu comme conforme à ce qui est naturellement attendu ou à l’état primitif des choses.
La naturalité implique souvent des jugements de valeur sur ce qui est « authentique » ou « vrai », par opposition à ce qui est perçu comme « artificiel » ou « modifié ».
Et pourtant, quand on demande aux gens pourquoi iels utilisent des cigarettes électroniques, des sextoys, du café décaféiné et j’en passe, ça ne choque personne que ce ne soit plus “naturel”. Manquerait plus qu’on nous interdise les sextoys, non mais !
Dans la nature, cette perception de naturalité s’illustre par de nombreux exemples
- Beaucoup considèrent qu’un arbre poussant librement dans une forêt possède une plus grande “naturalité” qu’un arbre taillé dans un jardin
- Un fruit mûri sur l’arbre vs un fruit mûri en chambre
- Une prairie sauvage vs une pelouse entretenue
- Un ruisseau qui serpente vs un canal rectiligne.
Attention, je ne dis pas que les deux sont équivalents, seulement le jugement de valeur est très présent.
Dans notre alimentation quotidienne
- De même, un pain au levain fait à la main est souvent perçu comme ayant plus de “naturalité” qu’un pain industriel
- Des légumes de jardin vs des légumes hydroponiques
- Du sel marin vs du sel raffiné.
Cette notion est particulièrement exploitée dans le marketing
En cosmétique
- “Sans conservateurs artificiels” (alors que les conservateurs naturels sont aussi des conservateurs)
- “Extraits de plantes” (même si obtenus par procédés chimiques)
- “Formule naturelle” (terme non réglementé).
Dans l’alimentation
- “100% naturel” sur des jus pasteurisés
- “Sans colorants artificiels” sur des produits colorés aux extraits végétaux
- “Comme à la maison” sur des plats industriels
- “Recette traditionnelle” sur des productions modernes.
Dans les produits ménagers
- “Aux huiles essentielles” (même si présence d’autres composants)
- “Nettoyant naturel” (sur des produits tout aussi transformés)
- “Biodégradable” (associé à naturel dans l’esprit des consommateurs)
Pour les compléments alimentaires
- “D’origine naturelle” (même si hautement purifiés)
- “À base de plantes” (suggestion d’innocuité)
- “Sans produits chimiques” (alors que tout est chimique)
Ces exemples montrent comment la notion de naturalité influence nos perceptions et nos choix, bien qu’elle repose généralement sur des distinctions arbitraires plutôt que sur des différences objectives significatives.
Le véganisme et la naturalité : pourquoi le rejet basé sur la naturalité est problématique.
L’argument selon lequel le véganisme n’est pas « naturel » et donc à rejeter repose sur une conception simpliste et généralement erronée de ce que signifie « naturel ».
L’humanité a toujours évolué et innové
Depuis des millénaires, l’humanité a modifié son environnement et ses habitudes alimentaires. L’agriculture, l’élevage et la cuisine sont des exemples d’interventions humaines qui ont transformé notre alimentation. Affirmer que nous devons revenir à un état « naturel » antérieur ignore ces évolutions et les bénéfices qu’elles ont apportés.
Les pratiques modernes et les avantages
Beaucoup de pratiques modernes, y compris les techniques de culture et les substituts alimentaires vegan, sont conçues pour améliorer la santé, réduire les impacts environnementaux et promouvoir des traitements éthiques des animaux. Les produits végétaliens, bien que transformés pour certains, répondent à des besoins actuels en matière de santé et de durabilité qui vont au-delà des simples considérations de ce qui est « naturel ».
Cet article de l’ONAV est d’ailleurs très éclairant sur cette question des aliments vegan transformés VS la viande !
La nature elle-même n’est pas toujours idéale
La nature est pleine de cruautés et d’inefficacités. Par exemple, la prédation et la survie du plus fort sont des aspects de nombreux écosystèmes naturels qui ne sont pas nécessairement des modèles de bien-être ou de justice.
Se baser uniquement sur la nature pour juger de ce qui est « bon » ou « mauvais » est une approche limitée. Et puis, seul·e dans la nature aujourd’hui, on ne ferait pas long feu pour la plupart d’entre nous.
Éthique et responsabilité
Le véganisme s’appuie sur des principes éthiques qui visent à réduire la souffrance et à promouvoir un respect plus profond pour tous les êtres vivants.
Cela dépasse la simple question de ce qui est « naturel » et touche à des considérations morales et environnementales importantes.
Ça n’est pas là une question simple, mais, pour rebondir sur le point précédent, certain·es antispécistes souhaiteraient une intervention humaine pour limiter la souffrance des animaux sauvages tués par leurs prédateurs naturels, par exemple.
Où se situe la limite interventionniste humaine, morale, en dehors de la complexité évidente à mettre cette vision en place et les répercussions sur le cycle des animaux ?
Déjà, à notre niveau, on peut se préoccuper de nos assiettes et de nos modes de vie et prendre nos propres responsabilités, sans arguer que “c’est le cycle de la nature que de manger des animaux”, en mode Moufasa sur sa pierre face au buffet en bas qui se prosterne.
Le concept de “naturel” varie
Ce qui est considéré comme “naturel” peut varier considérablement selon les contextes culturels et historiques.
- Par exemple, la consommation de lait de vache est considérée comme “naturelle” en Occident, mais était historiquement absente dans de nombreuses cultures asiatiques (Chine, Japon, Corée) où d’autres aliments comme le soja ou le lait de coco étaient les sources “naturelles” de protéines et de calcium.
- De même, notre perception des soins médicaux illustre ces différences culturelles : là où l’Occident considère les médicaments pharmaceutiques comme une approche naturelle de guérison, de nombreuses cultures privilégient leurs médecines traditionnelles (ayurveda en Inde, médecine traditionnelle chinoise) comme voie “naturelle” de soin.
- Les OGM représentent un autre exemple frappant : considérés comme une évolution naturelle de la sélection végétale dans certaines cultures scientifiques, ils sont perçus comme “non naturels” dans d’autres contextes, particulièrement en Europe. Ces exemples montrent que la notion de “naturel” est culturellement construite plutôt qu’universelle.
Conclusion
Le véganisme, bien que parfois perçu comme « non naturel » par certaines personnes, est en réalité une réponse réfléchie et éthique aux défis contemporains de la société moderne. Rejeter le véganisme simplement sur la base de ce qu’on considère comme « naturel » ignore les dimensions complexes de la vie moderne et les valeurs éthiques qui guident de nombreux choix alimentaires aujourd’hui. Il me semble important d’examiner les raisons profondes et les avantages de ces choix plutôt que de se limiter à des arguments superficiels basés sur une notion floue de ce qui est « naturel ».





Tiens c’est curieux, justement ce week-end lors d’une formation animaliste, la formatrice (Hello Mathilde si tu me lis) nous a conseillé ce texte “En finir avec l’idée de Nature, renouer avec l’éthique et la politique” d’Yves Bonnardel (à lire ici https://infokiosques.net/spip.php?page=lire&id_article=838 ). Je trouve ça un peu ardu mais pour celleux qui voudront creuser le sujet, c’est pile dans le thème 🙂
Merci Adeline pour le lien, c’est effectivement passionnant et bien fouillé !
Merci pour cet article. Je pense surtout que cet argument du non naturel est un des multiples faux prétextes/mécanismes de défense des non vegan pour decridibiliser le veganisme et ne pas avoir à se remettre en question. L’argument de la tradition est du même ordre. Y en a marre de se justifier alors que ça serait plutôt aux omnivores de se justifier de continuer à consommer ces aliments tout en sachant la souffrance qu’ils génèrent + l’impact écologique, etc.
Encore merci pour tout ce que tu partages. Prends soin de toi
Bonjour Catherine,
Je suis d’accord avec toi, je pense qu’il y a beaucoup de mauvaise foi, mais aussi une méconnaissance de nombreux sujets (moi-même, j’ai encore beaucoup à apprendre). Mais malheureusement, plutôt que de se renseigner, ces gens préfèrent avancer ces arguments vides de sens pour ne rien bousculer.
Bonne soirée !