Je ne vais pas faire une longue intro, décembre est le mois où pour beaucoup les fêtes de fin d’années sont une corvée infinie. Et même quand on prend plaisir à recevoir ou à être invité.e, quand on est vegan, la question du repas est loin d’être un non-sujet. Aujourd’hui, j’ai envie de passer en revue quelques conseils pour voir comment vivre sereinement un repas de fêtes vegan en famille, comment mieux vivre cette période, d’un point de vue organisationnel, mais aussi psychologique. Comment vous faire respecter, répondre aux inévitables questions en plus de prévoir des stratégies pour les repas. Je mentionne Noël, mais c’est valable pour toutes les occasions des repas pris avec d’autres personnes non VG.
Sommaire
- Avant les fêtes : la préparation
- Les arguments classiques et comment y répondre
- Stratégies pratiques pour les repas
- Gestion émotionnelle
Avant les fêtes : la préparation

Communiquer en amont avec la famille
Cela me semble être le B.A ba. Quelles que soient les positions de votre famille (ou de vos ami·e·s) face à vos convictions, si vous êtes invité·e, il est indispensable d’en reparler d’un point de vue logistique.
Comment iel voit les choses, quel est le menu prévu ou comment le construire ensemble.
Préciser vos attentes : pas de remarques, pas de sarcasme, l’envie de profiter avec tout le monde.
Proposer d’apporter des plats
C’est souvent la meilleure solution, surtout si vous êtes VG depuis récemment et que votre famille ne sait pas cuisiner des plats sans viande ou ne veut pas le faire. Se renseigner sur le menu reste la meilleure façon d’amener un plat qui va y correspondre. Par exemple, les premiers temps, mon père préparait un parmentier et j’en amenais un végétal à côté.
Préparer mentalement des réponses non-confrontantes
On ne le répètera jamais assez, si le repas est l’occasion où les questions sont posées, c’est le pire moment pour avoir un débat. Très peu de personnes avec la moitié d’un saumon ou d’un toast au foie gras dans la bouche vont être à même de vous écouter. Iels risquent au contraire de se braquer et ça ne fera rien avancer. C’est le moment de se la jouer diplomate et de repréciser une fois de plus, que c’est votre choix, que vous êtes totalement ouvert·e à la discussion (si c’est votre cas évidemment, vous pouvez aussi refuser de répondre pour la millième fois et juste avancer que vous voulez simplement manger tranquille !) mais que le meilleur moment pour en parler sera après le repas.
Des réponses non confrontantes, c’est clairement éviter de dire “moi j’ai une conscience, moi je ne participe pas au meurtre de masse des animaux, moi, je fais ce que je peux pour éviter de détruire la planète”, etc.
Vous imaginez bien que personne en face ne va dire “Ha, mais oui, tu as raison, j’arrête tout de suite, merci d’avoir éclairé ma lanterne et de me ramener dans le droit chemin de la sagesse !”.
“C’est un choix politique, je sais que ce n’est pas facile” ; “j’essaie de faire comme je peux” ;”certains aliments sont plus faciles à remplacer au début que d’autres” ; “si jamais ça t’intéresse, je peux te partager plus tard des ressources” ; “c’est plus simple d’essayer en dehors de moments de fêtes”… sont des réponses qui ouvrent des portes. Pas qui en ferment.
Définir ses limites personnelles (qu’est-ce qui est négociable/non négociable).
Essayer de calmer / d’éviter le débat n’est en aucun cas renier vos convictions.
Durant ces fêtes, affirmer son choix et se positionner, sans même chercher à débattre, c’est déjà militer. C’est déjà donner une place à un discours, un statut pour les animaux et une autre possibilité.
Plus on sera à affirmer notre choix, plus on leur donnera de la voix.
Un exemple concret : si le repas est chez vous, est-ce que vous acceptez que d’autres personnes amènent des plats carnés ? Ça a été mon cas au début il y a 10 ans. Nous faisions des buffets et chacun·e piochait ce qu’iel voulait. Résultat des courses, 4 ans après, plus personne n’amenait ni foie gras ni saumon, l’année suivante, le repas, si chez nous, était entièrement végétal à l’exception parfois de fromage, et ce n’est pas systématique. Ma famille a vu qu’on pouvait faire un repas festif et copieux sans tout ça et c’est un non-sujet aujourd’hui. Alors que personne n’est vegan à part nous.
Si je suis invitée, on cale le menu avant ensemble. L’an passé, c’était raclette chez ma sœur, ils ont acheté du fromage et de la charcuterie, et j’ai ramené tofu, saucisses et notre fromage. Chacun·e piochait ce qu’il voulait.
Évidemment, j’ai conscience que ma position est différente puisque personne n’ignore que je suis vegan. Mais quand je suis invitée en dehors de Noël chez des gens qui me connaissent moins, j’amène toujours quelque chose et je demande avant.
Il est non négociable pour moi de manger des animaux ou des préparations avec des sous-produits animaux alors que je peux faire autrement. Je ne parle pas de cas anecdotique où entrer en conflit ne servirait strictement à rien. Mais si un jour, vous acceptez du fromage et pas la fois suivante, il y a de quoi se sentir perdu pour vos hôtes.
Donc, réfléchissez à vos limites en amont.
Les arguments classiques et comment y répondre
Exemples d’arguments :
- “Mais c’est juste pour un jour…”. Dans ce cas, seulement pour un jour votre famille aurait pu faire un effort, si ce n’est pas si important. C’est justement un jour important pour vous et vous voulez le passer sereinement.
- “Tu ne peux pas faire une exception pour faire plaisir à mamie ?”. Est-ce que mamie peut me faire plaisir et respecter mes choix ? L’essentiel est d’être ensemble.
- “C’est la tradition !”. L’excision et la corrida aussi, c’est traditionnel. La tradition est quelque chose que l’on peut remodeler. On peut créer nos propres traditions car, après tout, c’est le propre de chaque famille (ça devrait) : respecter ses membres et profiter du vivre ensemble de ce moment.
- “Tu ne vas quand même pas priver tes enfants de ça”. Mes enfants mangent comme ça toute l’année et ils sont parfaitement heureux. Pourquoi est-ce que je les priverais de rillettes végétales et de seitan à la crème alors qu’iels adorent ça ?! Et puis, rappel non facultatif : vos enfants, votre éducation.
- “C’est compliqué de cuisiner pour toi”. Noël est une fois dans l’année. Ce n’est pas un repas improvisé le matin pour le soir. C’est un non argument car c’est LE repas qu’on peut anticiper sans problème ! Que vous débarquiez dans l’année sans prévenir, ok, c’est un argument recevable. Là, non. D’où l’importance d’anticiper et de caler en amont le menu. Même si c’est chez votre belle famille, de la prévenance est toujours appréciée.
- “Tu vas manquer de protéines”. Alors déjà, qu’est-ce qu’on s’en fout le jour de Noël. Et ensuite, pardon, mais si vous amenez votre seitan ou votre tofu, vous aurez tout ce qu’il faut. Et enfin, depuis quand le repas de noël est un repas équilibré^^.
- “En hiver il faut manger plus gras/consistant”. T’inquiète mamie, entre le faux gras, le seitan au patates sautées et la bûche, j’ai ce qu’il faut !
Stratégies pratiques pour les repas
Comment proposer ses plats sans s’imposer si vous êtes invité·e
Voici quelques suggestions pour proposer des plats à Noël tout en respectant l’organisation déjà en place :
Commencez par demander aux hôtes :
- “Puis-je contribuer au repas ?”
- “Y a-t-il quelque chose de particulier dont vous auriez besoin ?”
Proposez de manière ouverte :
- “J’aimerais préparer quelque chose, avez-vous une préférence entre un dessert, une entrée ou un accompagnement ?”
- “J’ai une recette de […] que j’aime beaucoup faire, cela vous tenterait-il ?”.
Soyez flexible sur votre proposition :
- Adaptez-vous au menu déjà prévu
- Soyez ouvert aux suggestions des hôtes
- Proposez plusieurs options.
Pensez pratique :
- Privilégiez des plats qui se transportent facilement
- Proposez quelque chose qui peut se préparer à l’avance
- Évitez ce qui nécessite une préparation de dernière minute.
Des idées “sûres” :
- Une bûche maison (recette très facile dans mon ebook Fêtes Végétales)
- Des amuse-bouches (feuilletés, perles fromagères, gressins, tartinades…)
- Un gratin (parmentier, gratin de butternut et pommes de terres, lasagnes aux épinards, …)
- Une entrée froide (Terrine de Noël, terrine de lentilles, tartare d’algues)
- Un plateau de fromages vegan (bon, pour des personnes que vous aimez vraiment beaucoup car ça coûte cher ces petites choses).
- Des chocolats ou confiseries (maison ou pas !)(Chocolat sarrasin et cranberries, rocher coco, boules d’énergie façon rocher praliné, biscotti amandes et orange…)
L’essentiel est de rester dans une démarche de partage et de contribution, sans chercher à prendre le contrôle de l’organisation du repas.
Comment proposer ses plats sans s’imposer si vous recevez
Si votre famille est tatillonne, demandez-leur quelles sont les saveurs ou aliments qui leur tiennent à cœur pour les fêtes. Cela peut être des saveurs marines, auquel cas vive les algues et les simili saumon s’ils sont très ouverts. Si ce sont les saveurs plus terrestres, banco sur les champignons, pommes de terre, sauce au vin ou gravy.
- Adapter des classiques en version vegan : parmentier, Koulibiac aux épinards, rôti aux protéines de soja, feuilletés aux champignons, champignons façon escargot au beurre ail et fines herbes.
- Proposer de participer à la préparation du repas : il est possible de se garder de petites préparations à préparer tous.te.s ensemble. cela ajoute de la convivialité : tartiner des toasts, mettre la table, dresser les plats…
- Créer de nouvelles traditions familiales : On n’est pas obligé·e de rester sur des menus classiques et hyper longs ! Chez nous, c’est souvent apéro dînatoire par ailleurs !
- Focus sur ce qui rassemble plutôt que ce qui divise. Si votre famille n’est pas ouverte, évitez les similis et optez pour des plats du monde ou un buffet qui ne souffriront pas de la comparaison.
Gestion émotionnelle
- Gérer la culpabilisation, faire face aux moqueries, ne pas tomber dans le piège de la justification constante est un exercice de voltige ! Les repas de fêtes peuvent être une source d’angoisse énorme et franchement, la seule question à se poser est : est-ce que ça en vaut la peine ? Au risque de peut-être froisser ou “déroger” à la tradition, si ces moments sont un enfer pour vous car en plus de n’avoir rien à manger, si vous faites face à des remarques constantes, est-ce que ça en vaut vraiment la peine ?
- Maintenir des relations familiales saines. Parfois il vaut mieux éviter de venir et expliquer que vous ne vous sentez pas du tout entendu·e et respecté·e et vous autoriser à mettre des limites. Personne ne vous oblige à subir. Personne.
- De l’autre côté, vous placer en victime ne changera rien du tout. Pour moi, c’est super important de garder une posture “neutre”, très délicate sur ce sujet, mais indispensable. La plupart du temps ce n’est pas vous que les gens rejettent, mais l’inconnu, des idées qui leurs sont étrangères, une nouveauté qui fait peur à une période où on manque beaucoup de stabilité et où la table reste un repère réconfortant. Je pense que dans ces moments-là, il faut replacer le débat autour du moment, être ensemble, et pas le contenu de l’assiette. “Je choisis de manger comme ça, ça me regarde, qu’est-ce qu’on peut faire pour passer un bon moment ensemble ?”.
Avec le temps…
Je voudrais quand même finir sur une touche positive. Les mentalités évoluent et, avec, les propositions d’alternatives faciles à emmener. Rien que chez Picard vous avez un super faux gras (qui est vraiment très bon !) et de bonnes bûches. L’offre des simili a augmenté et vous pouvez très bien amener votre propre repas facilement, pour un peu que le contexte émotionnel s’y prête, bien sur.
Honnêtement, je suis très chanceuse avec ma famille et belle famille, mais actuellement en dépression, si ça n’avait pas été le cas, je serai restée chez moi et je ne me serai pas imposée un repas carné autour de moi, car c’est une vision qui m’est très difficile désormais.
Je crois que beaucoup de gens ont peur de mal manger et que ce n’est qu’avec le temps et l’habitude qu’on se familiarise à d’autres possibles. Cela demande parfois d’accepter des propositions qui ne nous conviennent pas à notre table, mais de l’autre côté, cela NOUS permet de leur faire découvrir NOS propositions dans le même temps. Sans pression.
J’espère que toutes ces pistes vous aideront en mieux appréhender cette période si c’est source de tensions pour vous. Quelles sont vos stratégies dans ces cas-la, quel type de repas proposez-vous ? Est-ce que votre entourage est ouvert ou est-ce source de conflits ?






Merci pour ce partage.
Cette année c’est chez ma mère… interdiction de ramener quoi que ce soit ou de l’aider… elle dit avoir fait en fonction (deux de ses filles, son gendre une de ses petites filles et son petit fils sont VG elle a pas franchement le choix) on verra bien 🤷♀️.
Chez mes BP c’est plus facile c’est moi qui cuisine.
Passe de joyeuses fêtes de fin d’année.
Bonjour Agathe,
J’espère que tout s’est bien passé du coup et que ton réveillon (= ta mère) t’a régalé. 🙂
Justement, j’ai énormément pensé à toi et ton article…
Elle n’avait en réalité rien prévu d’autre que…. les accompagnements… pour le soir du 24 nous devions nous contenter de butternut rôtie…
Du coup je suis allée acheter des pommes noisettes pour les végé…
Elle a fait la gueule…
(La prochaine fois soit c’est chez nous soit je suis mon idée première d’amener un plat)
Merci pour ce bel article, Mélanie ! De mon côté, par chance, c’est en très petit comité, j’amènerai mon solmon et je me ferai un petit accompagnement avec du fromage de soja frais à la ciboulette. L’idée, c’est juste de passer un moment avec quelques êtres chers (et d’ouvrir les cadeaux). J’ai conscience d’avoir beaucoup de chance.
Bonjour Jennie,
Effectivement, l’idée devrait être celle-ci partout.
Je suis très contente pour toi si ce moment prévoit d’être doux !
Merci beaucoup, infiniment pour ces conseils et rappels. Ça commence à rentrer : cette année j’ai prévu le menu à l’avance avec des choses qui peuvent être préparées en amont XD très belles fêtes de fin d’année, beaucoup de soutien et de douceur
Bonjour Fanny,
Je suis heureuse pour toi si tu te sens plus à l’aise aujourd’hui dans l’organisation !
Bonnes fêtes de fin d’année également !
Mélanie