Il faut bien se mettre d’accord qu’en prenant de l’âge, on devient des personnes pleines de sagesse, incroyablement érudites, lumineuses et… bon, peut-être pas. En tout cas, je pense qu’un point nous mettra d’accord pour la plupart : pour la plupart d’entre nous, plus on vieillit, plus on maitrise l’art de s’en foutre.

Je dois dire que ces dernières années, je trouve ça particulièrement flagrant pour moi et je m’en suis rendue compte avec des “détails”.

Je vous explique.

Billet l'Art de s'en foutre

La danse

J’ai commencé la zumba à la rentrée de septembre 2024, simplement parce que le cours est à cinq minutes de chez moi, à un créneau horaire qui m’arrangeait. Avec le recul, je ne suis pas persuadée que ce soit l’idéal pour commencer à danser tant c’est varié et tant on s’éloigne d’un cours classique (juste, on suit la prof, on ne répète jamais, il n’y a pas de démonstration des pas).

Mais, il y a encore trois ans, il aurait été impossible pour moi uniquement de danser (ou, devrais-je dire : tenter d’opérer des mouvements à peu près coordonnés en rythme avec une musique), en public.

J’ai toujours été tétanisée parce que je ne savais pas quoi faire de mon corps sur une piste de danse. On m’a toujours dit : c’est facile, laisse-toi aller. Oui, mais non.

Ce genre de conseil : complètement inutile, vraiment.

La danse, c’est du mouvement, mais c’est quand même bien d’avoir des bases. Alors, il y a trois ans, j’ai cherché des vidéos sur Youtube pour apprendre à danser quelques pas pour les nulles. Puis je me suis entraînée à la maison.

Puis à l’anniversaire d’une amie il y a deux ans, avec juste une boule à facette et pleiiiin de fumée — chouette, personne ne me voit, j’ai osé. Et ça a cassé enfin cette armure rigide. Je faisais absolument n’importe quoi, mais je m’amusais, je me défoulais. Franchement, sans le son, j’aurais pu être dans un extrait de Vidéo gag (#années80 bonjour). Et depuis je n’ai pas arrêté. Dès qu’il y a de la musique, je bouge, je danse. Ma fille adore ça, on se fait des petites chorégraphies.

Au bout de sept mois de zumba, je peux affirmer que je suis toujours aussi peu coordonnée, sans aucune grâce ni souplesse, MAIS, je m’amuse, je me défoule et ça n’a pas de prix.

La couleur

J’ai toujours aimé la couleur (il n’y a qu’à voir ma cuisine^^), mais je m’habille essentiellement en noir par flemme. J’ai horreur du shopping, la mode ne m’intéresse absolument pas et choisir mes vêtements ne doit pas dépasser la minute chaque jour, max. En dehors de mes vêtements d’été en lin d’amour coloré et des pulls tricotés par une amie, ma garde-robe est très basique, axé confort. Pour moi, le plus simple est d’avoir plusieurs exemplaires du même habit. Du coup, je mise sur les accessoires.

Cette année, pour remettre de la couleur au milieu de la dépression, j’ai décidé que cette fois, je n’allais pas choisir les montures basiques chez l’opticienne, mais que je voulais du fun. Après une heure de conseils et d’essais en tout genre, mes choix se sont portés sur des lunettes que jamais, ô grand jamais, je n’aurai pensé / osé porter auparavant. Évidemment, c’est la première paire avec laquelle j’ai eu un coup de foudre ce jour-là, mais des résidus de l’ancienne moi disait “oh bah non, quand même pas”.

Vingt-huit paires plus tard, eh bien si.

C’était d’autant plus drôle que j’étais avec mes deux ainés ados — donc la période où, moins on te voit, mieux, tu te portes^^, qui me regardaient avec un air mi-gêné, mi-admiratif.

“Elle ne va pas acheter ça ?! Oui, c’est drôle maman, mais… quand même ? C’est voyant non ? Tu vas vraiment venir au collège comme ça ? Nan, mais les solaires, on dirait que tu sors d’un dessin animé”.

SO WHAT ?

Les lunettes, c’est un peu comme les bijoux, les tatouages ou les sous-vêtements : toi, tu ne les vois pas, mais tu sais qu’ils sont là et ça participe grandement à câliner ton égo. Et force est de constater que depuis que j’ai mes lunettes aux barres rose fluo et mes solaires dessin animé, je n’ai que des regards amusés, souriants et moi-même quand je me vois, j’ai envie de me sourire.

Ça me rend gaie.

Ce sont ces petits détails qui me font dire que j’ai enfin franchi un cap et que ça fait rudement du bien. À la fois, je suis pleine de regrets de ne pas avoir osé avant. Et dans le même temps, je suis heureuse de m’être débarrassée de cette armure d’empêchement maintenant.

Il y a dans ces micros revendications le simple besoin d’être soi, d’exister en dehors du regard des autres et juste pour soi. C’est extrêmement salvateur. Je suis de nature introvertie, ce qui fait que j’ai toujours bien mieux vécu la solitude que la foule ou les groupes. Ça n’a pas aidé à cette émancipation du regard, mais ça arrive, la preuve !

Et puis, le mouvement, qui m’a toujours été étranger, ou source de contraintes plus que de plaisir, est devenu un moment hors du temps. Je sais, pour avoir échangé avec beaucoup d’entre vous, que la danse vous a aussi libérée. Et je le répète, même quand on n’a aucun sens du rythme et de la coordination (ce qui est mon cas et que j’espère améliorer avec le temps), on peut prendre son pied et se sentir vivant·e.

Être ouvertement vegan en société

Là aussi, ne plus se justifier ou être gênée de demander autre chose au restau ou anticiper chez des ami·es est quand même un sacré signe que l’on assume ses choix. Mais j’en ai suffisamment parlé ici pour ne pas m’étendre sur le sujet. Je répéterai juste : gardez la tête haute, vous ne faites rien de mal.

Comment en arrive-t-on à maitriser l’art de s’en foutre ?

Désolée de vous décevoir, mais s’il y avait un mode d’emploi, je pense qu’on l’aurait.

Pour autant, j’ai essayé de réfléchir à la question.

L’environnement dans lequel on grandit et la place que notre entourage donne à notre parole.

Cependant, je connais des adultes qui ont été abusés et non crus enfants, qui sont maitre·esses de leur propre navire face aux regards des autres. Mais à quel prix ?

Néanmoins, dans la plupart des cas, un·e enfant en qui on a confiance, aura plus confiance en elle ou en lui.

Il y a aussi la longue observation et le choix de prendre en compte ou non, son entourage.

Se rendre compte que, quoi qu’on fasse, qu’on dise — et en cela, travailler notamment sur les réseaux sociaux est (malheureusement) une bonne école, tout le monde aura toujours, toujours, un avis.

Alors même que dans 99% des cas, il n’est pas sollicité.

Tout le monde a besoin de se rassurer en essayant de coller au moule, lequel doit bien sûr être invisible, surtout quand on est une femme. Ne pas faire de vague, ne pas sortir du rang.

Prendre conscience que les avis non sollicités seront là m’a amené à oser. Puisque, dans tous les cas, il y aura du monde pour critiquer.

La peur du regret

Peur qui est pour ma part très puissante, depuis toujours.

Malgré mes peurs, mes doutes, mes craintes, celle de m’en vouloir de ne pas avoir tenté a, à chaque fois, été plus forte. Que ce soit de trucs aussi futiles en apparence que de peindre, de danser, faire des boutures, couper mes cheveux. Ou de projets plus conséquents comme superviser la construction de notre maison, lancer mon entreprise, changer de voie malgré le succès, me former dans des domaines qui me semblent inatteignables.

Et pour m’aider, deux simples phrases que je prends au sérieux dans chaque situation :

  • Si je le fais, quel est, vraiment, le pire qui puisse m’arriver ? Est-ce que je le supporterai ? Oui / non.
  • Si je ne le fais pas, est-ce que je peux le faire plus tard sans regret ? Oui / non.

Finalement, l’art de s’en foutre, ce n’est pas tant apprendre à s’aimer — bien qu’on nous bassine sans arrêt avec cette injonction débile, que d’apprendre à ne pas laisser le regard des autres décider de ce que l’on vaut et de ce que l’on veut. Que l’on s’aime ou pas.

J’ai toujours su que la cinquantaine serait MA décennie, et plus je m’en rapproche (2033 !), plus je me dis que je vais kiffer ! Bon, ne parlons pas tout de suite de ménopause, voulez-vous ?

10 Comments

  1. Mathilde says:

    J’ai 36 ans, et c’est à la fin de la vingtaine que j’ai commencé à m’émanciper du regard des autres. Trop “normée” par ma mère depuis petite (il faut que, tu dois, ça ne se fait pas,… bref aucune affirmation de soi), je n’ai jamais réussi à être vraiment moi-même. Maintenant, ça fait 6 ans que j’apprends qui je suis, ce que j’aime, ce que j’ai envie de faire, tout en veillant bien sûr au respect de l’autre => je fais ce dont j’ai envie, ce qui me fera du bien, et si cela ne plait pas (ne plus aller à TOUS les repas de famille quand j’ai un grand besoin d’être au calme dans ma bulle car je suis une introvertie et en cours de diagnostic TSA), et bien… tant pis ?! 🙂 Personne ne pourra prendre aussi bien soin de moi que moi-même. Je me répète souvent cette phrase “ça ne sert à rien de plaire aux cons!” Et si quelqu’un me juge pour mes choix, alors au revoir 🙂 Depuis peu je tente l’aquarelle (j’adore mais je suis incapable de faire un truc qui ressemble à quoi que ce soit), et je vais m’inscrire à des cours de chant (alors que je pourrai rejoindre mon casserolier pour y vivre tellement je chante mal). Go go go !

    1. Bonjour Mathilde,
      J’aime beaucoup ton mantra“ça ne sert à rien de plaire aux cons !”
      Comme tu as raison. C’est long à infuser, probablement le travail d’une vie, mais quelle libération.
      Et alors l’aquarelle, juste mettre de la couleur sur du papier ça fait un bien fou!!
      Je rêve de chanter aussi depuis des années (n’ayant aucun talent pour ça, tandis que je siffle merveilleusement. N’y a-t-il pas des chorales de sifflements ?!).

      Merci pour ce chouette témoignage en tout cas, ça fait plaisir à lire !

  2. Lucie says:

    Cette article résonne beaucoup en moi. Pour l’anecdote je porte des lunettes depuis l’âge de 7 ans. Enfant je ne me rappelle plus trop mais depuis que je les choisis seule j’ai toujours pris les plus discrètes possible. Cette année pour la première fois je me suis dit “J’ai envie de les assumer” et j’ai choisi une paire plus voyante. Vivement qu’elles soient prêtes !
    L’année dernière j’ai testé la danse africaine, j’avais l’impression d’avoir la grâce d’une baleine mais qu’est-ce que j’aimais ce moment ! (Bon la baleine a fini par se marcher sur le pied et s’est écrasé un orteil, fin de l’année sportive dès le mois de mars…)

    1. Bonjour Lucie,
      Ça me fait bien plaisir de lire que tu as osé, et tu ne seras pas déçue !
      Dommage pour l’orteil, mais tu pourras recommencer autre chose dès que tu te sentiras prête !

  3. Delphine says:

    C’est marrant, Mélanie, quand j’ai lu ton titre, je me suis dit que moi c’était tout le contraire. Mais non, c’est pareil même si je me le dis à l’envers… moi, plus je vieillis, moins je m’en fous… Quand je ne me sentais pas bien, victimisée, jugée, mise dans une case qui ne me convient pas, pire, qui m’est insupportable, avant je criais un je m’en fous! C’était en réaction-protection. Mais en réalité puisque ça me blessait, atteignait, eh bien, c’est que je ne m’en foutais pas, en vrai des autres, du regard, du quand dira t-on , des avis… Aujourd’hui, je ne m’en fous plus de moi et j’arrive, avec la super technique du petit pas de côté (pas de Zumba mais de polka) et ajustements à oser des trucs et à placer les autres à la bonne place, c’est-à-dire, pas la mienne. J’ai bien aimé lire ton article qui m’a fait regarder cette petite phrase à l’envers : alors, vive les danses aux lunettes colorées, les projets, la simplicité de vivre, la réalisation de ses propres envies et désirs! Le tofu (miam miam), mais pas le romarin (beurk beurk)! Merci pour ton article.

    1. Bonjour Delphine,

      J’aime beaucoup l’analyse que tu en fais. Je dis “je m’en fous de l’avis des autres”, tu entends “je ne m’en fous pas de moi”. C’est super joli et ça va dans le bon sens !
      Et comment ça beurk le romarin ?! Nanmého !

  4. josiane says:

    je suis a 1000% d’accord avec toi et je me voies en toi et tes réflexion et peut être qu’un jour j’aurai le courage de faire front merci pour ces paroles qui sont bonnes pour moi et m’aideront à avancer dans un monde baigné d’intolérance continues je kifffffe boses

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Balises HTML autorisées : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>