Le végétarisme est le régime alimentaire excluant les chairs animales : viandes, charcuteries, poissons et crustacés, mais acceptant les produits laitiers, les œufs et le miel.

Si cette définition semble actée pour beaucoup d’entre nous, nous avons encore bien fréquemment la surprise de découvrir des propositions à base de poisson dans les repas végétariens des restaurants ou dans les sandwichs de boulangerie.

Si c’est un régime alimentaire de transition – parfaitement normal ! – pour beaucoup de monde, c’est également adopté à vie par de nombreuses personnes, estimant ce statut suffisant.

Or, ça ne l’est pas et je vous explique pourquoi.

Le végétarisme

Le végétarisme, qu’est-ce que ça implique ?

Double peine pour les femelles

Concrètement, pour les animaux, ça change quoi qu’on ait un régime omnivore ou végétarien au quotidien ?

Pour tous les animaux qui produisent du lait, c’est bien plus de souffrance, et plus longtemps. En effet, les femelles vont être maintenues en vie tant qu’elles produisent suffisamment.

Chaque année, elles vont être inséminées pour mettre bas, idéalement une majorité de femelles, qui fournira à son tour du lait. Mais, pas de bol, la nature fait bien ce qu’elle veut, donc les mâles, qui sont les déchets de cette industrie puisque ne produisant pas de lait ou de progéniture, seront envoyés à l’abattoir et vendus comme viande.

Des petits qui sont des déchets valorisés

Bien loin de l’image bucolique des petits qui tètent sous la mère, situation qui concerne une minorité d’élevages extensifs, les petits mâles (chevreaux, veaux et agneaux en majorité), sont mis à l’écart pour être engraissés quelques mois. Si, en France, la consommation de chevreaux n’est pas répandue, c’est un énorme marché à l’export, notamment vers l’Italie, le Portugal et certains pays du Maghreb.

Côté chiffres, si on prend les 7 régions (1) qui élèvent le plus de chèvres, on arrive à 1 000 000 de chèvres. Femelles. Qui mettent bas chaque année 1 à 2 petits mâles et/ou femelles. Je vous laisse essayer d’imaginer la quantité de chevreaux envoyés à l’abattoir que ça représente pour pouvoir produire du fromage de chèvre.

L’agneau et le veau restent des plats de choix, même si leur consommation tend à diminuer très légèrement ces dernières années, à cause d’une baisse de l’importation en France et donc de l’augmentation des prix. Oui, ça reste plus cher de manger de la viande française, qui impose encore un minimum de traçabilité.

Produire du lait ou des petits : le facteur d’une exploitation plus longue

Parce qu’un tableau vaut mille mots (OK, c’est pas l’expression de base, je sais), je vous propose une comparaison des durées de vie des mâles et des femelles dans les élevages. Ces données concernent l’élevage industriel, qui représente la grosse majorité des élevages en France et dans bien des pays (2) :

  • Élevage porcin : 95 % en intensif, moins de 1 % en plein air
  • Poules pondeuses : environ 60 % en intensif (en cage)
  • Poules de chair : 80 % en intensif
  • Élevage caprin (3) : 60 % des chèvres sont élevées sans accès à l’extérieur

Ces durées de vie sont parfois plus longues pour l’élevage plein air, avec tout de même, une fin identique à l’abattoir.

On voit une nette différence de durée de vie exploitée, entre les femelles qui fournissent petits, lait et œufs, et les mâles qui fournissent la viande.

Elles sont maintenues en captivité et exploitées plus longuement.

Le cas des oeufs de poisson

Je complète ce tableau en mentionnant les œufs de poisson, même si c’est un peu hors sujet. On les oublie un peu trop souvent, les animaux marins, et ils ne sont pas élevés ou pêchés que pour leur chair, mais aussi pour leurs œufs. On se pose rarement la question de la provenance de ces œufs rouges ou noirs sur les toasts, et encore moins du caviar – que peu d’entre nous ont les moyens d’acheter.

Le caviar est extrait chirurgicalement de la femelle esturgeon, qui sera euthanasiée ensuite. Quant aux œufs “comestibles” des autres poissons (pour information, le tarama est réalisé avec des œufs de cabillaud et des œufs de lompe, du gros poisson du même nom), ils sont simplement récupérés dans l’animal, éviscéré dans la grande majorité des cas.

Oui, manger végétarien, de fait, contribue à réduire l’exploitation marine qui représente une part colossale des animaux tués quotidiennement, puisqu’on ne mange plus de poisson. Mais si on est dans cette démarche pour des raisons éthiques, ne nous arrêtons pas en si bon chemin et allons au bout de l’idée.

On comprend assez rapidement à la lecture de ces données que, non, le végétarisme n’entraîne pas moins de souffrance. Ce régime alimentaire inflige une double peine aux femelles qui, en plus d’être inséminées chaque année, de se voir séparées de leurs petits, de devoir supporter une production de lait toujours plus élevée, finissent elles aussi à l’abattoir après une exploitation plus longue pour finir… en steak.

Tout ceci pour produire des aliments dont on peut parfaitement se passer d’un point de vue nutritionnel.

Féminisme et antispécisme

Le végétarisme est donc souvent le mode de transition par défaut parce que, visuellement (et donc psychologiquement), on supprime de l’assiette un morceau d’animal. Cependant, dans les faits, on contribue encore énormément à l’exploitation animale, et surtout à celle des femelles.

On parle d’intersectionnalité (4) quand il y a une prise en compte du cumul de plusieurs facteurs d’inégalité ou de discrimination, généré par l’assignation à une origine raciale ou ethnique supposée, à l’orientation sexuelle, au genre et/ou au milieu social.

En d’autres termes, et simplement, comment se dire féministe en défendant la cause des femmes et accepter de consommer des produits issus de l’exploitation des femelles ? Femelles qui ressentent la douleur, le plaisir, qui font société avec leurs congénères, qui tiennent à leur petit et qui devraient avoir le droit de ne pas finir au bout d’un crochet après des années de souffrance.

Comment valider qu’on les insémine, qu’on leur retire leur progéniture, qu’on les exploite pour leur production, majoritairement de manière intensive et au détriment de leurs besoins fondamentaux, pour finir par les envoyer à l’abattoir pour être consommées ensuite ?

Il y a là une grande dissonance encore et il me semblait essentiel de le rappeler ici. Le végétarisme exploite et tue énormément.

(Re)sources

(1) http://www.fnec.fr/IMG/pdf/Chiffres_cles_Caprins_2021.pdf

(2) https://www.liberation.fr/france/2018/06/04/porcs-bovins-volailles-la-vraie-vie-de-la-viande-francaise-dans-l-elevage-intensif_1656528/

(3) https://visuels.l214.com/sites/www.l214.com/2019/notes-livre-lll/page50-note9-2a-agreste-2010-caprins.pdf

(4) Voir mon article Introduction à l’intersectionnalité, si vous n’êtes pas familier·ère du terme !

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19 Comments

  1. Sophie says:

    Merci pour cet article qui remue…
    Je suis dans un entre deux depuis de nombreuses années.
    Je dirai végétarienne 95% du temps, 5% omni (c’est dur de résister aux plats de ma famille mais en même temps ce serait un signal fort et quand il n’y a que ma mère et moi, elle essaie de cuisiner des PST)
    J’aimerais passer à une alimentation végétalienne mais je me trouve toujours des excuses.. Grosse dissonnance cognitive et pourtant je suis à 100% pour la convergence des luttes.
    J’espère que cet article sera le déclic pour moi.

  2. Lulu says:

    Bonjour, je découvre votre blog, étant dans une démarche de diminution progressive des produits d’origine animale. La viande me dégoute de plus en plus et je n’utilise plus que du beurre végétal. Mon compagnon commence à me suivre même si il a longtemps gardé une attitude moqueuse par rapport à ça. Mon fils de 9 ans est demandeur car il est très sensible à la cause animale (son rêve est d’adopter un cochon) mais ma fille de 12 ans n’est pas réceptive car elle aime bien me contredire… J’ai une question qu’on a dû te poser souvent : sais tu pourquoi les alternative végétales sont aussi chers que les produits carnés en magasin? Il me semble que le coût de production n’a rien à voir et ce serait un bon levier pour que les gens qui doivent faire avec un petit budget réduisent leur consommation de viande. Merci pour ce que vous faites même si en vous lisant j’attrape des complexes car j’ai longtemps traîné à m’y mettre vraiment.

    1. Bonjour,

      Merci pour votre témoignage ! Vous n’avez pas à avoir de complexe, vaut mieux tard que jamais. Et j’ai été traiteur de mariage plusieurs années alors des animaux j’en ai cuisiné bien plus que vous n’en mangerez… À ce rythme, on ne ferait jamais rien si on attendait la perfection 🙂

      Le prix vient de la quantité à produire (on est quand même très peu nombreux·ses) d’une part et de l’absence de subventions octroyées à ce secteur (notamment tout ce qui est alternatives aux produits laitiers et fromage qui sont des secteurs ultra subventionnés en agriculture conventionnelle.

  3. Hélène says:

    Ton article est tellement intéressant Mélanie. Merci pour le travail que tu as fourni. Il me motive dans ma transition vers le végétalisme. Tout n’est pas parfait certes, surtout à l’extérieur mais chaque pas compte

  4. Pascale Vaugondy says:

    Bonjour,
    Végétarienne depuis août 2017 j’avais toujours mauvaise conscience pour le fromage car pour les oeufs, j’avoue que je ne souhaite pas arrêter de manger des œufs de piules de mes amis élevées dn liberté et avec amour (j’ai déjà eu toutes les explications de la mort des poussins mâles etc mais poules de récupération et un coq et pas de reproduction donc il faut enlever les oeufs de toute façon)…
    Depuis le début du mois, je résiste au fromage et je pense que je vais réussir enfin à ne plus consomm6de produits laitiers.
    Depuis 2017, Je ne consommais déjà pas de miel et n’utilisais pas de cuir ni laine ni soie et j’utilise un maximum de produits naturels pour le ménage et la toilette (vinaigre blanc, savon de Marseille à l’huile d’olive, bicarbonate de soude, terre de diatomée etc.)
    Je ne serai pas vraiment vegan vis à vis des œufs mais j’en consomme peu vu qu’il n’y en a pas à profusion chez mes amis 😁
    En tout cas, je n’aurai plus le meurtre des veaux, cheveaux et agneaux sur la conscience.
    Faites que je puisse fêter ma réussite l’année prochaine.

    1. Bonjour Pascale,

      Changer son alimentation (et sa consommation au sens large), c’est un chantier énorme et tu es déja sacrément avancée, donc bravo ! Je suis persuadée à te lire, que l’an prochain tu auras atteint tes objectifs 🙂

      Et tu verras que le fromage, on se déshabitue. C’est vraiment une question d’habitude d’en coller parrout 🙂 Et en plus, il y a plein d’alternatives aujourd’hui pour les envies occasionnelles qui arrivent ensuite !
      Courage et bravo !

  5. Julien says:

    Vegan chez moi depuis très peu de temps, mais seulement végétarien (voire fromage parfois…) à l’extérieur et notamment au restaurant… Je reste donc du côté des oppresseurs et cela me dérange grandement,, certains appelleront mon choix du “confort social”, mais c’est l’équilibre que j’ai trouvé pour l’instant pour préserver mon énergie et ma santé mentale. Si mon lieu de travail propose de l’omelette avec des pâtes au fromage (déjà dans les pâtes), je dois faire avec… pareil au restaurant, c’est terrible, mais j’admets ne pas avoir la force de devoir expliquer que les végans existent, ni me contenter d’une pizza tomate-basilic parce que les restaurateurs ne sont pas fichus de proposer au moins une option vegan correcte. Je sais que c’est facile d’accuser les autres et que ça ne fait pas avancer la cause, mais je pense que j’ai encore besoin de me préserver mentalement sur ces aspects-là en me disant que je ne changerai pas tout à moi seul…

    1. Bonjour Julien,

      Ce que tu fais chez toi est déjà formidable et oui, c’est plus dur à l’extérieur.
      Je rappelle souvent aux personnes qui mettent en avant le restau -si ça peut aider- que rien ne nous oblige jamais à aller au restaurant. Oui, c’est parfois au détriment d’une vie sociale.

      Et si on ne peut pas faire autrement il y a souvent des alternatives. Pitoyables, pas équilibrées et franchement rageantes, mais ça reste anecdotique. On ne mange pas chaque jour au restau 🙂

      Tu trouveras ton rythme à un moment donné, c’est certain !

  6. Claire says:

    Merci Mélanie,
    Je suis végétarienne depuis une dizaine d’années (pour les bénéficies écologiques initialement) avec une tendance vegan chez moi (laits et yaourts végétaux) mais en consommant végétarien à l’extérieur et en continuant d’acheter des produits laitiers (glace, fromage, oeufs…).
    Suite à des échanges très récents avec des personnes vegan, je me rend compte que rester végétarienne, ou même rester dans un entre-deux végé-vegan n’est absolument pas cohérent, car comme tu le décris très bien cela engendre de la souffrance animale, énormément de souffrance.
    Etre végétarien c’est déjà être un peu marginalisé, même si c’est parfois valorisé socialement et je crois que je me satisfaisais de ce statut en pensant que je faisais “ma part”, que c’était déjà bien assez par rapport à tous les omnis et surtout que je n’avais pas envie de faire les efforts supplémentaires pour devenir vegan.
    Ton article tombe à parfaitement dans cette période de réflexion et je pense que le déclic s’est fait car il me semble inenvisageable de continuer à accepter et contribuer à cette situation.

    1. Bonjour Claire,
      Je suis vraiment contente de lire ton positionnement face à cet article. Le but était de parler des faits.
      Loin d emoi l’idée de nier le confort social apporté par le végétarisme.
      Mais on doit garder en tête au détriment de qui ce confirt existe. Si ça peut aider !

      Merci beaucoup pour ton message !

  7. Nathalie says:

    Bonjour et merci pour ce rappel!
    Antispeciste convaincue, j’aimerais pouvoir avoir l’espoir de vivre dans un monde où l’exploitation animale ne serait plus qu’un souvenir mal-aisant.
    Tes prises de position, mais aussi tes recettes font du bien!!!

    1. Bonjour Nathalie,

      je ne pense pas qu’on verra un monde comme ça de notre vivant, mais ce n’est pas une rauson de baisser les bras 🙂 Les plus grands combats pour lutter contre les dominations mettent tellement de temps à obtenir de vrais résultats, et sont sans cesse remis en quetsion. Alors courage ! (et merci !)

  8. yoplatchai says:

    Merci beaucoup ! Très intéressant
    j aimerai basculer vegan mais la route me paraît longue… Le végétarisme n’étant pas déjà là à 100%.

    1. Coucou,
      le principal est d’être sur la route et d’avoir conscience de tout ça. Petit à petit, cela se mettra en place. Tant qu’on garde en tête pourquoi on fait ça, c’est plus facile. Donc bravo d’être en chemin !

  9. Nathalie says:

    Merci pour ce rappel essentiel et ta cohérence ! 💚

    Déjà convaincue et végane, j’ai de plus en plus de mal à accepter que mon compagnon ne soit “que” végétarien, depuis 10 ans mais malheureusement en mode permanent, parce-que “le fromage c’est addictif”, “On trouve facilement à l’extérieur des choix végétariens mais pas végétaliens”, etc.
    Il sait pourtant déjà tout ce que tu as rappelé dans ton article, et malgré cela ne compte absolument pas transitionner un jour vers le véganisme 🙁
    J’aimerais me convaincre que “c’est déjà bien”, et c’est vrai, mais le voir se jeter sur un plateau de fromages (même pas végétarien pour le coup car la présure, c’est comme la gélatine dans les bonbons, “ça ne compte pas”….) sans le moindre scrupule me brise le coeur à chaque fois, autant je pense que si ça avait été un steak, car certes il ne consomme pas de chair, mais la conséquence est la même, voire pire…

    J’espère que ton article sera un déclic pour des végétarien·ne·s qui te liront, et un encouragement à poursuivre leur chemin vers plus de justice et de cohérence 🐄💚🌍

    1. Je te comprends puisque je vis la même chose avec mon mari et ms enfants (même si pas de repas végétariens à la maison, mais dès qu’on est à l’extérieur, je détourne les yeux… ). On ne peut pas avoir la main sur tout hein.

  10. Lucie says:

    Sacrée gifle !!! J’ai bien la connaissance de certaines choses mais voir les chiffres et avoir une information plus poussée ça fait grandement réfléchir.
    A la lecture du sujet je me suis m#€&@ je fais pas assez ne étant végé ( oui le fromage est encore là et les oeufs mais pas de chair animale) je sais aussi que c’est moins pire que pas l’être et que les changements alimentaires peuvent se faire avec le temps

    1. Bonjour Lucie,
      Merci pour ton message. Le but est justement de mettre en avant les chiffres et les faits car en l’occurence, je trouvent qu’ils parlent d’eux même .Ensuite, chacun·e fait à son rythme, tant qu’on garde en tête qu’on doit supprimer à terme de nos assiettes tout ce qui engendre de la souffrance 🙂

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