Je ne vais pas vous sortir une analyse sociologique, mais plutôt vous partager la place qu’ont pris les loisirs dans ma vie cette dernière année. J’ai toujours plus ou moins eu des activités parallèles au travail, mais tout se joue dans le “plus ou moins”.

Il y a eu des phases, des coups de cœur, beaucoup de projets démarrés et peu de continués. J’ai accumulé pas mal d’achats restés au fond d’un tiroir, certains même catastrophiques (RIP ma carrière de peintre sur verre, morte dans l’œuf quand mon mari s’est fichu de moi — à raison — après avoir gribouillé des vases épouvantablement moches).

Puis, en 2025, j’ai divisé mon temps de travail par deux. En pleine dépression, j’étais incapable d’en faire plus. Si j’ai explosé mon temps d’écran devant des séries avec bonheur, j’ai aussi commencé à m’investir dans d’autres activités de façon très régulière. Aujourd’hui, elles sont une partie non négociable de mon emploi du temps.

loisirs partie 1

Les loisirs n’ont pas à être rentabilisés

On peut créer simplement pour le plaisir de créer (ou de pratique, selon l’activité). On n’est pas obligé·e de viser une exposition si on peint, un voyage si on apprend une langue, une compétition si on pratique un sport, une garde robe complète si on coud ou tricote.

Je pense que c’est important de le souligner car on demande souvent “mais qu’est-ce que tu fais de tout ça ?” quand je couvrais des pages et des pages de calligraphie ou des cartes à l’aquarelle.

Ma réponse : rien.

Je les range dans une pochette ou bien ça finit dans le feu, je m’en fiche.

J’ai pris du plaisir à les faire, à priori je n’y reviendrai pas. Donc next.

Ce n’est pas du gaspillage. Ici le vrai intérêt pour moi, c’est le moment où je pratique ces loisirs, davantage que ce que je peux retirer des produits finis. C’est un point de vue comme un autre, mais ça méritait d’être posé.

Les loisirs ne doivent rien prouver à personne (et surtout pas à nous)

La peur de ne pas être assez douée, de devoir montrer une progression aux autres et à soi-même : lutter contre le perfectionnisme dans les loisirs est un vrai sujet !

Je vais rabâcher : on peut pratiquer juste pour le plaisir du moment. Évidemment que sentir qu’on s’améliore est satisfaisant, mais c’est un détail dans de nombreux domaines. Par ailleurs pour certains loisirs comme la lecture, je ne vois pas en quoi on peut “s’améliorer”. On peut lire plus, lire plus de genres variés, mais en soi, la pratique est la même.

Stop aux écrans bashing

En temps que sériephile, j’en regarde énormément et ça me gave qu’on oppose sans arrêt ces loisirs avec des loisirs déconnectés.

Je trouve que c’est très complémentaire personnellement et j’ai passé mon année de dépression bouffer de la série en pagaille.

Mon cerveau va bien.

Il y a une différence majeure entre :

  • Le scroll infini : des contenus vides qui nuisent à la santé mentale.
  • L’immersion narrative : regarder un film ou une série qui nous transporte. Ou bien des vlogs qui nous font aussi sortir un peu de chez nous.

Avoir une télévision ne signifie pas être collé devant BFM.

Cette hiérarchie implicite des occupations « valorisantes » ou « abrutissantes » et cache souvent un certain classisme insupportable.

J’ai pas mal de connaissances qui se gargarisent de “ne pas avoir la télé”. Déjà, pourquoi se gargariser ?

Ensuite avoir une télévision ne signifie pas qu’on est collé·e devant BFM.

Enfin, cette hiérarchie implique qu’il y aurait des occupations qui seraient socialement valorisantes et d’autres qui nous tireraient vers le bas ? Selon qui ?

Du loisir à la surconsommation, il n’y a qu’un pas.

Qui n’a déjà pas acheté un nécessaire complet à couture, des feutres à n’en plus finir, une tenue de sport très chère avec moult accessoires, des fils de broderie à foison… pour finalement lâcher l’affaire très peu de temps après ?

Je pense qu’un stade peut lever la main. Et je n’y ai pas échappé.

Aujourd’hui, quand je suis prise d’un coup de coeur pour une activité, j’essaie toujours de la démarrer avec le minimum syndical afin d’être sûre que je vais persévérer et ne pas me retrouver avec des sous jetés à la poubelle des des placards remplis.

Exemples :

  • Les langues : quand j’ai commencé le coréen j’ai tout fait avec des vidéos gratuites sur Youtube et la version gratuite d’une appli (LingoDeer). Des mois après, j’ai investi dans un abonnement à un site internet puis des manuels, et enfin un gros dictionnaire. Car je savais que ça allait être durable.

  • La peinture : J’ai commencé l’aquarelle avec des modèles sur Pinterest, des blocs de peinture et pinceaux de chez Action, avant d’acheter des livres, une palette un peu plus qualitative et des carnets avec des dessins à peindre.

Se lancer dans une activité c’est formidable et c’est galvanisant ! Mais on est rapidement victime de l’objet qui brille (moi qui adore la papeterie, je lutte en permanence pour ne pas acheter de nouveau stylo, carnet et accessoire en tout genre…).

Pour ne pas exploser son budget dans une activité qu’on risque de laisser tomber rapidement, il vaut mieux essayer de démarrer modestement. Quitte à louer du matériel : je pense aux machines à coudre par exemple ou outils de bricolage si on se lance dans la menuiserie, ou autre !

Les loisirs pour lutter contre la dépression

La dépression est une maladie qui est multifactorielle. Il serait donc très exagérer de dire qu’il y a une activité / une action en particulier qui permet de lutter contre, ou d’en sortir.

Pour ma part, seuls des anti-dépresseurs et une thérapie m’ont aidé.

Néanmoins, la place que j’ai donné aux loisirs pendant, et par la suite, sont incontestablement responsables du maintien de ma bonne santé mentale.

J’ai appris grâce à toutes ces activités que ma valeur ne résidait pas dans ma capacité à produire. Et ça, c’est assez formidable !

Donner volontairement de mon temps à des activités qui ne rapportent financièrement rien à personne, qui n’ont pas d’autres objectifs que de me donner du plaisir, c’est un sacré pas en avant pour la dingue de travail que j’étais ! Je m’autocongratule très souvent depuis^^.

Pour conclure : oui au revenu universel

Je suis une fervente partisane du revenu universel, qui permettrait non seulement à moins de gens de crever de faim mais aussi de mieux répartir travail rémunéré et loisirs / bénévolat. Je suis persuadée qu’on serait tellement plus équilibré·e à donner de la valeur et du temps à autre chose que de la production. Qu’on créerait plus de liens, qu’on serait moins épuisé·e.

Et encore ici, je ne mentionne pas le bénévolat dans lequel je suis impliqué de temps à autre, je voulais rester sur le sujet des loisirs.

Mais tout est lié, cela reste du temps que l’on (s’)offre.

Fleurs au jardin

Dans la deuxième partie, je vous présente mes loisirs !


Quel est votre rapport aux loisirs ? Vous arrivez à ne pas vous mettre la pression ? À trouver du temps ?

Mélanie

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14 Comments

  1. Louisa Reka says:

    Coucou Mélanie,

    Comme d’autres avant moi, il m’a fallu un burnout pour me rappeler à quel points les loisirs sont essentiels (pour moi) et que particulièrement dans mes loisirs, il fallait que je m’enlève cette pression de la performance (perfectionnisme relou bonjouuuur ). Je trouve ça chouette que tu abordes le sujet, je pense que les loisirs sans performance devraient être la norme. Chercher à progresser pour faire des choses qui nous épanouissent encore plus, oui, pour se mettre autant de pression qu’au boulot, ça désormais c’est non catégorique !

    Je vais de ce pas lire la partie 2.
    Bonne journée.

  2. Nat says:

    Génial cet article ! J’ai la chance d’avoir une amie qui a tout à fait ce discours du loisir non productiviste/perfectionniste, et de l’entendre souvent m’a amené à être plus indulgente avec moi même, à plus apprécier les moments en tant que tels, etc. L’école a aussi tendance à faire intégrer tôt que des loisirs (dessin, musique, sport, et même la lecture finalement) qu’il faut progresser et devenir meilleur.e , pour avoir une bonne note.
    Bref, j’ai beaucoup évolué car j’avais pas mal des travers que tu décris 😅😂
    J’ajouterai aussi que pour tester une activité, on peut demander à un.e proche de nous prêter du matériel : ça évite d’avoir vraiment du 1er prix qui pourrait influer sur le plaisir de création (je pense notamment aux gouges en linogravure qui creusent rien, le matériel de poterie qui casse à la 1ère utilisation etc). Parfois, on a des proches qui ont (trop) de matériel dans un loisir, ou qui ne pratiquent plus, ou sont contents de partager.
    Bon je vais lire la partie 2 ^^

    1. Merci pour ton témoignage Nat !

      C’est vrai qu’emprunter est une excellente solution. J’ai des copines qui m’avaient fourni en fils à macramé au début, c’était bien pour tester ! (bon, c’est moins cher qu’une machine à linogravures, certes ^^)
      Concernant les Arts à l’école, je trouve que leur place est souvent trop anecdotique honnêtement. Il y a toujours la problématique de la notation bien sur, mais en plus de cela, c’est rarement valorisé.

  3. Mona says:

    Alors là, le loisir (et la fiction, la lecture en particulier en ce qui me concerne) comme béquille pendant une dépression, ça me parle grave !
    C’est marrant, à la lecture de ton article, j’ai repensé aux livres que je lisais pendant des moments pas marrants de ma vie. Et je me suis qouvenue qu’au décès de ma grand-mère, j’ai lu l’intégrale des Rois Maudits en 3 jours (oui j’ai pas beaucoup dormi… Tiens tiens une histoire de filiation…) et dernièrement, quand j’exerçais encore mon précédent métier (celui qui m’a valu un burn-burn-out, suivi d’une bonne grosse dépression bien carabinée puis d’une reorientation radicale) je lisais les polars les plus sanglants que je trouvais !
    Bon maintenant je lis de la science-fiction, alors que j’ai toujours détesté ça… Mais où cela va–il me conduire ??? 😂

    1. Coucou,

      C’est très drôle ce parrallèle que tu fais, effectivement, les histoires servent aussi de défouloir et pas besoin d’un roman étiquetté feel-good pour se libérer un peu, la preuve^^.

      J’adorais la science fiction, j’en ai lu, tellement lu pendant ma vingtaine, j’ai fait un long break, mais c’est un genre qui me permettait de m’évader si facilement avec la fantasy !

      J’espère que tu vas mieux aujourd’hui !

  4. Hello Mélanie !

    J’ai toujours eu des loisirs qualifiés de créatifs (peinture, écriture, dessin, broderie…), en parallèle d’autres plus “passifs” comme le fait de regarder des séries, ou jouer à des jeux vidéos. Bon, je ne sais pas où on place le jardinage, tant c’est à la croisée de tous les chemins, mais aussi parfois aussi du TRAVAIL.
    J’ai pas mal perdu la main sur ceux plus créatifs car il me faut toujours du temps et de la dispo mentale pour “rentrer” dedans, un peu comme la lecture finalement. Quand je suis vraiment très pressurisée dans mon travail, je trouve beaucoup d’évasion dans les séries/films et jeux vidéos, qui permettent de nous emmener direct dans des univers tout prêts, là où les autres loisirs ont une fonction et un engagement un peu différents pour moi.

    Si tu savais le nombre de fois où on m’a demandé “mais quand t’as fini le puzzle tu en fais quoi ?”. Bah je le range dans la boîte ? haha. C’est difficile de se défaire de nos attentes de performance y compris dans le loisir, surtout qu’en ayant pratiqué en asso notamment le dessin, on nous pousse aussi finalement à la perf même dans les domaines qui devraient être de la simple expression libre.

    C’es une bien belle quête de se donner de l’espace pour leur laisser une place pour exister, à ces loisirs.

    1. Hello Vanessa,

      C’st très intéressant ce parrallèle sur les loisirs passifs et ceux qui demandent un engagement, tu as tout à fait raison, je n’y avais pas pensé Je crois que je vais effectivement plus vers l’un ou l’autre en fonction de mon état et de mes envies, même si, pour le moment, ils sont tous plus ou moins pratiqués avec régularité.
      Mais c’est sur que sortir la télcommande demande moins d’investissement que de démarrer un projet macramé ou de faire une dictée en coréen^^.

      Eh oui, c’est une belle quête, pas toujours simple surtout quand tu as toujours en arrière-plan un petit “faudrait quand même que je travaille un peu non ?” qui vient te chatouiller le cerveau !

  5. Merci pour cet article à nouveau très inspirant ! Je ne vais pas te mettre la pression d’écrire un livre, mais quel bonheur de te lire à chaque fois et oui, c’est important de sortir de ce circuit de rentabilité qui touche même nos loisirs.

    1. C’est une de mes envies depuis des années, mais entre écrire des billets et tenir une histoire sur une centaine de âge, c’est pas le même exercice. À réfléchir !
      Merci en tout cas, ça me touche beaucoup !

  6. Elisabeth says:

    Je suis admirative devant votre énergie et de toutes les activités que vous pratiquez, sachant que vous avez une vie de famille, 5 bouches à nourrir et le quotidien qui va avec.

    1. Bonjour,

      Alors je ne l’ai pas précisé mais comme je suis à mon compte, j’ai des horaires quand même bien plus souples qu’une personne qui est salariée 🙂 Et je ne travaille plus à temps complet depuis l’année dernière donc oui, je prends plus de temps pour moi. Et puis mes enfants ne sont plus petits, c’est aussi beaucoup plus simple.

  7. Ève says:

    Je suis super d’accord avec toi! Et ça ne fait pas longtemps que je fais des choses (broderie, dessin) dont je ne fais rien ensuite. C’est le fait de faire qui est le but.

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