Ce sujet super sexy et passionnant (comment ça, “non” ?) me titille depuis des années, mais changer de boite mail n’est pas une mince affaire. Surtout qu’aujourd’hui, elle sert pour absolument tout et que nous sommes relié·es à des dizaines et des dizaines de sites internet. Que ce soient des sites officiels, administratifs comme les impôts, la Caf, la Sécurité sociale… Mais aussi des blogs, divers abonnements, sites marchands, etc.

On s’en fait tout un monde parce qu’on s’imagine que cela doit s’opérer en une fois. Alors qu’avec un vrai processus et une bonne organisation, c’est bien plus simple.

De plus, c’est rarement une priorité, on ne va pas se mentir. Cependant, la sécurité de mes données est un sujet très important, et de manière générale, ma vie numérique me tient à cœur.

On n’a pas forcément la main sur tout, mais il y a des petites choses qu’on peut mettre en place pour plus de confidentialité. Choisir une boite mail plus éthique en fait partie.

Ce dossier sera en quatre parties :

  1. Pourquoi choisir une boite mail plus éthique ?
  2. Quelle boite mail éthique choisir ?
  3. Comment changer concrètement de boite mail perso et pro – pas à pas ?
  4. Comment organiser votre boite mail ?
boites mail éthiques

Vous allez être plus averti·es après ces infos. Et moins des pigeons. Le but de ces partages est que nous soyons tous et toutes mieux informé·es, mieux à même de prendre des décisions et plus indépendant·es dans nos choix.

Pourquoi vos mails intéressent tant les géants du web

Les boîtes mails gratuites ne sont pas réellement gratuites : elles s’inscrivent dans l’économie de la publicité en ligne. Derrière l’apparente simplicité d’un service de messagerie se cache un modèle bien rodé, où vos données personnelles deviennent une ressource exploitable. L’un des rouages centraux de ce système s’appelle le RTB (Real-Time Bidding).

Le RTB, comment ça marche ?

Lorsque vous consultez une page web contenant un espace publicitaire, une enchère invisible se déclenche en une fraction de seconde.

Ce processus, appelé RTB (Real-Time Bidding), consiste à proposer votre “profil” à des centaines d’annonceurs qui décident en temps réel s’ils veulent vous afficher leur publicité.

Quelles données circulent ?

Le profil transmis ne se limite pas à “une personne anonyme qui lit un article”. Il inclut une quantité impressionnante d’informations :

  • votre âge supposé et votre genre présumé,
  • votre localisation (parfois jusqu’à la rue),
  • votre historique de navigation et de recherche,
  • l’appareil que vous utilisez et votre adresse IP,
  • vos centres d’intérêt, vos habitudes de consommation, parfois même vos préférences politiques, religieuses ou de santé déduites de vos comportements en ligne.

Ces informations circulent des millions de fois par jour, sans que vous ayez réellement la main dessus.

Le rôle des boîtes mails dans ce système

Votre boîte mail peut devenir la clé d’entrée de ce profilage. Si vous utilisez Gmail, par exemple, vos mails sont liés à votre compte Google, et donc à tout l’écosystème : recherches sur Chrome, historiques YouTube, trajets sur Maps, activité sur Android. Cela permet à Google d’assembler un portrait extrêmement précis de votre vie numérique et de l’injecter dans le système publicitaire.

Google n’est pas le seul acteur. Outlook (Microsoft) exploite lui aussi les données issues de ses services (Outlook, Bing, LinkedIn) pour son réseau publicitaire. Yahoo Mail est un autre exemple historique : longtemps financé par la publicité ciblée, il a été associé à des scandales de surveillance et de fuites massives de données.

Même les webmails proposés par des opérateurs comme Orange, SFR ou Free ne sont pas exempts de ces pratiques : gratuits et financés par la publicité, ils utilisent vos données de connexion et de navigation pour affiner le ciblage des annonces.

boite mail éthique, comment choisir

Le partage de donnés, est-ce vraiment un problème ?

Curieuse question ?

Et pourtant, en tant que youtubeuse avec une chaine monétisée par la publicité et donc vos données, et ayant nombre de consœurs et confrères créateur.ices de contenus qui vivent grâce à la pub, c’est une question que je ne peux contourner.

Pour moi, la pub n’est pas un problème. Quand on la choisit. La publicité, à la base, c’est faire connaitre (ou prendre connaissance, côté consommateur.ices), de services et de produits existants. Si ces produits peuvent nous simplifier la vie ou l’améliorer, franchement où est le mal ?

Moi-même, quand je parle de mes livres, je fais de la pub.

Quand je promeus des marques que je consomme, je fais de la pub.

Lorsque je parle à une copine d’une super papeterie, je fais de la pub pour la papeterie.

Le vrai problème, c’est quand on la subit et lorsqu’on devient H24 un portefeuille sur pattes. Et je vous arrête tout de suite, non, ce n’est pas de notre entière responsabilité de fuir ces achats et ces suggestions permanentes. 

C’est aussi la faute de notre environnement, de la législation à ce sujet, et notamment de notre environnement numérique.

Sur un site que j’aime, je suis prête à accepter les cookies si je sais que la personne gagne sa vie avec de la pub. Sinon, je refuse systématiquement et j’ai un bloqueur de pub sur tous mes appareils.

Au-delà de la publicité et de la consommation…

Le partage et le stockage de nos opinions politiques, religieuses est à mon sens le réel problème, car elles sont utilisées contre nous. Ce n’est pas du complotisme, c’est la réalité.

Des militants écologistes, vegan, antiracistes, etc, se font arrêter et leurs outils numériques sont intégralement fouillés pour chercher des preuves à charges en permanence, chaque jour.

Le lien avec nos boites mails ? Comme avec tout ce que nous écrivons sur internet : ça reste. Vos recherches, comme expliqués ci-dessus, restent (non, effacer un historique de navigation ne suffit pas, mais c’est un autre sujet).

La sécurité numérique est un véritable enjeu, elle se joue sur plusieurs tableaux et les boites mails, en raison de leurs innombrables tentacules avec d’autres sites, en font partie.

Qu’est-ce qu’une boîte mail “éthique” ?

C’est important de mettre les mots !

À la différence des services gratuits financés par la publicité, les boîtes mails éthiques reposent sur un modèle simple : vous payez un abonnement, elles ne monétisent pas vos données. Leur promesse est de vous offrir un service de messagerie sans pistage, sans publicité ciblée et avec une protection renforcée de vos informations personnelles.

Des serveurs plus respectueux

La plupart de ces services font le choix d’héberger leurs serveurs en Europe, dans des pays où la législation protège davantage la vie privée. ProtonMail est basé en Suisse, hors Union européenne, mais avec des lois très strictes sur la protection des données. Tutanota et Posteo sont allemands, soumis au RGPD et à une réglementation exigeante en matière de confidentialité. Mailo, en France, revendique une gestion locale et transparente.

Certains vont plus loin encore : Écomail, par exemple, reverse une partie de ses abonnements à des projets environnementaux, en plus d’héberger ses serveurs en France.

Une protection renforcée de vos données

Ces services misent sur la sécurité par défaut :

  • Chiffrement : ProtonMail et Tutanota proposent un chiffrement de bout en bout, ce qui signifie que même l’entreprise ne peut pas lire le contenu de vos mails.
  • Respect de l’anonymat : Posteo permet même de payer son abonnement en liquide, par courrier, pour rester totalement anonyme.
  • Absence de pistage : pas de publicité ciblée, pas de scan des mails pour du marketing, pas de revente des métadonnées.

Un engagement transparent

Ce qui distingue aussi ces boîtes mails éthiques, c’est la clarté de leur modèle économique. En payant quelques euros par mois, vous financez directement le service, sans arrière-pensée. Vous savez qui paie, et donc à qui le service doit rendre des comptes : à vous, et non à des annonceurs.

Vous savez ce qu’on dit ? “Si c’est gratuit, c’est toi le produit”. Cela se vérifie à 100 % ici.

Dans la prochaine partie, on verra comment choisir une boite mail plus éthique et surtout comment comprendre les fonctionnalités qui sont proposées ! On a dit qu’on allait être plus intelligent.e, mais surtout, un peu plus responsable de l’usage des outils qu’on exploite pour le moment sans se poser aucune question !

Sources : 


L'Arrière-cuisine

La lettre mensuelle pour une cuisine végane vivable, simple et sincère

Terrine façon saumon

Au programme :

En début de mois :
– un billet court autour d’un sujet ordinaire, pour interroger nos pratiques et nos convictions
– des contenus pratiques en cuisine,

En milieu de mois :
– Un article 100 % concret pour simplifier le quotidien en cuisine :
mini-batch cooking, décryptage d’aliments, déclinaisons rapides, recommandations utiles (livres, podcasts…).


18 Comments

  1. Marie-Pierre says:

    Bravo et merci pour cet article… Je n’y avais même pas pensé. Maintenant le choix va être difficile ainsi que le pas à franchir. Je suis chez Yahoo depuis plus de 20 ans, le changement va être compliqué… Motivée pour faire d’abord un tri dans la boîte actuelle puis le choix… En tout cas merci pour avoir déclenché cette prise de conscience.

    1. Bonjour marie-Pierre,
      je suis aussi chez Yahoo en perso depuis 25 ans.
      Mais l’important est d’y aller étape par étape et de ne pas trop de prendre la tête. déjà en choisir une selon tes besoins (ils sont souvent surestimés) et tu auras fait un pas !

      Bon déménagement mail 🙂
      Mélanie

  2. Fanny says:

    Sujet très important, merci ! Chez Posteo depuis plusieurs années, certes le service est payant mais c’est extrêmement accessible comme le disait un commentaire plus haut (1€/mois). Le volume de stockage est limité donc au bout d’un moment (plusieurs années, ou au fur et à mesure) il faut faire un peu de tri, ce qui contribue à alléger son empreinte numérique !

  3. Morgane says:

    Merci Mélanie pour cet article très intéressant. On n’en parle peu et pourtant c’est un sujet tellement important ! Pour ma part j’utilise Ecomail depuis 3 ans je crois et j’en suis très satisfaite. En plus du côté protection des données, ils ont un engagement écologique intéressant et proposent des options / informations pour réduire notre empreinte digitale liée aux mails.
    Hâte de lire la suite de cet article 🙂

    1. Bonjour Morgane,

      Je suis effectivement aussi tombée sur Ecomail, et c’est vrai que leur démarche est vraiment bien !
      Si en plus, ils font de la prévention et de l’information, c’est encore mieux 🙂

  4. GENEVIÈVE VALLON says:

    Bonjour Mélanie,
    Merci pour ce dossier très intéressant , j’ai une adresse G.mail mais je vois que le suis “fliquer” plus plus.
    J’ai une amie qui a installé UBUNTU comme serveur .Cela pourra peut-être faire l’objet d’une prochaine chronique pour rester dans l’éthique ….et çà rime!!

    1. Bonjour Geneviève,

      Tu m’en as appris, je ne connaissais absolument pas Ubuntu, c’est très intéressant.
      Le sujet est très vaste en effet, il y aura de quoi écrire des tas d’articles !
      J’ai pas de rimes pour finir ^^

  5. Charlotte says:

    Merci Mélanie de nous épargner du temps et de l’énergie pour décortiquer un sujet si important ! Même si ce n’est qu’une goutte d’eau dans la gestion de notre identité numérique, c’est motivant de pouvoir reprendre le contrôle sur ne serait-ce qu’une petite partie. Enquête d’utilité publique que je ne manquerais pas de suivre, de partager, et de rémunérer. Je n’imaginais pas forcément cela quand tu évoquais ton tournant éditorial mais franchement – bravo et merci.

    1. Bonjour Charlotte,
      Merci, ça me touche beaucoup !
      Effectivement, j’ai envie que ma nouvelle ligne directrice soit de nous rendre plus indépendantes et en phase avec nos valeurs et ça touche de très nombreux domaines. Et le numérique est tellement vaste qu’il faut bien commencer quelque part 🙂
      À très vite pour la suite !
      Mélanie

  6. Karen says:

    Vraiment très intéressant. Merci d’avoir pris le temps de transformer toutes tes (je me permets le tutoiement) en un article à partager avec les abonnés
    J’ai hâte de lire la suite

  7. Christel says:

    Bonsoir Mélanie,
    Merci pour cet article. J’ai hâte de lire la suite. Cette année un formateur nous a fait des tests. A partir de nos messageries classiques (Bouygues, Orange…) et notre n° de tél il a trouvé sur le web plein d’infos nous concernant, âge, noms pour certains…. Le plus flippant a été de lire sur le web que tel personne a consulté son smartphone à telle heure. Il nous avait dit de changer de messagerie mais sans vraiment proposer d’alternatives.

  8. Sabine says:

    Bravo pour cet article très intéressant. Cela va m’aider à passer le pas et les retours sur expériences des deux commentaires précédents sont bienvenues. Pour info, il est interdit d’envoyer des espèces par courrier.

  9. Désarménien says:

    Merci, Mélanie, pour ce décorticage des dédales nauséabonds du monde de Big Brother. Je suis depuis des années chez Posteo et très satisfaite. Sortant à l’époque de web.de, quel soulagement de sortir du matraquage permanent de pub ! Pour la modique somme d’un euro par mois.

  10. Sabine M says:

    Hello !
    J’utilise Mailo depuis presque 5 ans maintenant, j’en suis très contente, le tri des mails (perso, newsletters, RS…) se fait automatiquement dans des dossiers, comme ça les newsletters ne polluent pas le fil de mails, à part celles qu’on choisi d’ajouter (comme celle de Mélanie ;-)) à la boite de réception !
    Et je sais que je consomme français !

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