On adore ce mot. Extrême.

Dans nos sociétés polies, il claque comme une insulte déguisée. “Oh ça va, t’es extrême quand même…” = tu vas trop loin.

Pourtant, sans extrême, il n’y a pas de mouvement.

Qui a jamais changé le monde en restant tiède ? Qui a déjà arraché un droit, protégé une minorité, ou éveillé les consciences en disant « je ne veux pas déranger » ?

Alors, faut-il être extrême quand on est vegan, féministe, antiraciste, anti-grossophobie, anti-validiste ?

Peut-être bien. Peut-être que c’est précisément ce “trop” qui fait avancer.

Le “raisonnable” a déjà échoué. Le raisonnable tolère les blagues sexistes, les insultes grossophobes, le cuir dans les vitrines, les œufs dans les biscuits “parce que bon, c’est pas grand-chose”.

Si vous n’allez pas jusqu’au bout de vos idées… qui le fera pour vous ?

Billet être extrême dans ses convictions

Extrême ou radical : quand le langage trahit la pensée.

Voici deux mots qu’il me semblait important de préciser, car ce n’est franchement pas simple de s’y retrouver. Les deux sont perçus de façon très négative, puisqu’ils sont toujours utilisés dans un contexte qui l’est. “L’extrémisme religieux, le radicalisme écologique, féministes radicales, vegan extrémistes”. Un peu de remise en contexte s’il vous plait !

Être extrême, ce n’est pas brandir le poing et crier plus fort que tout le monde.

Ce n’est pas imposer par la force.

Être extrême, c’est incarner totalement et jusqu’au bout une idée.

C’est dire : je ne mange pas de produits animaux, point. Je ne fais pas d’exception pour “un peu de fromage à Noël” ou pour “ne pas déranger Mamie”.

C’est aligner ses actes et ses valeurs, quitte à être perçu·e comme rigide, sectaire, extrémiste par celles et ceux qui préfèrent rester dans la zone grise.

Et je parle de situations récurrentes, pas d’anecdotes.

J’ai déjà abordé le sujet de la pureté vegan ici, et mon avis reste le même. Des situations anecdotiques ne changent rien à notre combat. Voire parfois sont un vrai frein.

Être radical, en revanche, signifie “aller à la racine”.

Refuser les compromis mous.

Dans le militantisme, le radical est celui qui s’attaque aux causes profondes. Qui ne veut pas juste repeindre le système, mais le démonter pour mieux le reconstruire.

La radicalité est souvent perçue comme violente, car elle dérange le confort des dominant·es. Pourtant, elle est nécessaire pour nommer le problème et proposer des solutions réelles.

👉 En somme : le radical initie, l’extrême assume.

Les deux sont mal vus, parce qu’ils perturbent. Et c’est précisément leur fonction.

Pourquoi tendre vers l’extrême est nécessaire (même si tout le monde ne peut pas l’être)

L’extrême protège des retours en arrière.

Si le féminisme s’était arrêté à “interdire le viol”, on en serait encore à tolérer le harcèlement de rue comme de la drague maladroite, “la liberté d’importuner” (tribune signée par une centaine de femmes dont Catherine Deneuve qui trouvent que, hé, faut pas pousser mémé dans les orties quand même).

Si l’antiracisme s’était satisfait d’interdire les lynchages, le black face serait encore une tradition rigolote dans les écoles.

L’extrême permet de repousser la norme pour en créer une nouvelle.

Chaque fois que quelqu’un dit “ça va, c’est pas grave”, il y a une personne extrême pour répondre “si, c’est grave, et voilà pourquoi”.

C’est ça qui tire la société vers le haut.

L’extrême n’est pas l’ennemi de la nuance — il la rend possible.

Tout le monde ne peut pas être 100% aligné tout le temps.

La charge mentale, la précarité, l’isolement, les obligations familiales : la vie réelle n’est pas un slogan militant.

Mais l’extrême, par son existence même, crée une direction.

Il montre le cap. Il offre un modèle vers lequel tendre.

Même celles et ceux qui ne peuvent “tout faire” peuvent s’appuyer sur cette dynamique pour faire mieux.

Sans extrême, il n’y a pas de dynamique du progrès.

L’histoire est une accumulation de “ça va trop loin” devenu “évidemment”.

Le droit de vote des femmes, l’abolition de l’esclavage, le mariage pour tous… Tout ça était “extrême” quand ça a été porté pour la première fois.

L’antispécisme n’échappe pas à la règle. Ce sont les plus “jusqu’au-boutistes” qui normalisent l’idée, petit à petit, pour le plus grand nombre.

Être extrême, c’est aussi regarder ses propres contradictions

Nous avons tous et toutes nos biais.
Il y a les principes que l’on affiche… et la réalité, souvent plus inconfortable.

  • Militer pour le féminisme tout en acceptant le fromage par commodité (lire mon dossier sur le lien entre féminisme et végétarisme dans “Ma crèmerie végétale”).
  • Critiquer les riches tout en râlant face à une grève qui nous dérange.
  • Se dire anticapitaliste, mais commander sur Amazon “parce que c’est plus simple”.
  • Combattre la grossophobie tout en félicitant machinalement la perte de poids d’une amie.
  • Refuser l’exploitation animale, mais céder, par fatigue, à un produit non vegan en supermarché.
  • Dénoncer l’exploitation des travailleurs, mais se dire “allez juste une livraison Uber Eats” parce que “ce soir, c’est compliqué”.
  • Être farouchement pour l’écologie, mais commander une déco cheap et éphémère pour un anniversaire “parce que c’est plus joli”, ça ne grince pas un peu ?
  • Refuser l’oppression, mais couper court aux discussions avec des proches mal informés sous prétexte qu’ils sont “trop cons pour comprendre”, c’est aligné ?
  • Affirmer que “les blagues oppressives ce n’est plus possible”, mais rigoler jaune pour ne pas passer pour la rabat-joie au dîner de famille… cohérent ?

Ces contradictions ne font pas de nous des imposteur·rices.
Elles font de nous des êtres humains, confrontés à des systèmes violents, à la fatigue, au compromis, à la pression sociale.
Mais être extrême, c’est justement ne pas se raconter d’histoires.
Je ne rejette pas mes incohérences — je les regarde en face.
Je me demande :

Pourquoi ai-je fait ce choix ?
Est-ce aligné avec mes convictions ?
Est-ce ponctuel… ou devenu ma norme ?

Être extrême, c’est accepter que le militantisme n’est pas un badge à épingler sur son sac, mais un chemin inconfortable et exigeant.

L’extrême, c’est aussi accepter de ne pas tout maîtriser

Il faut aussi le reconnaître : aujourd’hui, aucun combat n’est monolithique.

Le féminisme, l’antiracisme, l’anti-grossophobie, l’anti-validisme… tous ces mouvements sont traversés par de multiples courants, parfois opposés.

  • Le féminisme se déchire sur la place des personnes trans.
  • L’antiracisme s’interroge sur ses propres biais internes.
  • Même dans la lutte contre la grossophobie ou le validisme, il existe des débats vifs sur les approches à adopter…

Face à cela, il est facile de se sentir piégé·e. De rester figé·e.

Ou même de choisir le retrait pour ne pas “mal faire”. Mais fuir l’inconfort, c’est passer à côté de la nature même du militantisme : une remise en question permanente.

Être extrême, ce n’est pas se penser détenteur·rice d’une vérité immuable.

C’est au contraire accepter que penser et agir pour un monde plus juste demande de se confronter au réel, à la complexité, et, parfois, à ses propres angles morts.

Ce qui ne change pas, en revanche, c’est l’essentiel :

  • Le socle sur lequel tout repose.
  • Le refus de la domination.
  • Le désir d’une vie digne pour toutes et tous.

C’est cela qui nous pousse, nous guide et nous empêche de céder à la résignation.

Et oui — ça aussi, c’est être extrême.

Beaucoup reste dans la tiédeur pour faciliter vie sociale, familiale, amoureuse, professionnelle. Mais surtout par confort.

L’extrême n’est pas l’ennemi, c’est le moteur.

Soyons honnêtes.

Personne ne vit dans un absolu parfait. Personne ne coche toutes les cases tous les jours.

Mais il y a une différence énorme entre admettre ses limites et faire de la tiédeur une vertu.

Les extrêmes, quels qu’ils soient, sont souvent moqués ou diabolisés. Parce qu’ils dérangent, parce qu’ils refusent la compromission.

Parce qu’ils rappellent que derrière chaque blague sexiste, chaque fromage servi “par habitude”, chaque exclusion d’un corps hors norme… il y a de la violence.

Dans le véganisme comme ailleurs, ce sont celles et ceux qui vont au bout de leurs idées qui tirent tout le monde vers le haut.

Pas pour que chacun·e fasse tout, mais pour que collectivement, nous fassions mieux.

Sans extrême, il n’y a pas de dynamique. Sans dynamique, il n’y a pas de progrès.

Accepter que l’extrême existe, c’est accepter que le changement est nécessaire.

Et peut-être que la vraie radicalité aujourd’hui, c’est simplement de ne plus trouver ça extrême, justement. Je vous mets au défi de sortir cette phrase en soirée, micdrop et classe internationale assurée.


Conclusion

Faut-il être extrême dans ses convictions ?

La vraie question est, peut-être : pouvez-vous vous permettre de ne pas l’être, face à l’urgence et à l’injustice ?

Je vous invite à partager vos ressentis en commentaire. Avez-vous déjà hésité à aller au bout de vos idées ? Où placez-vous votre propre “extrême” ? Quels sont vos compromis ?

J’ai hâte de lire vos mots !

14 Comments

  1. Léa says:

    Merci Mélanie pour cet article qui sonne très juste! Il me faudra le relire à tête plus reposée pour formuler un commentaire plus constructif ^^
    Ça fait 9 ans que je suis vegane donc je ne me pose plus de questions, c’est devenu une norme parmi mon entourage, mais je viens de commencer un nouveau boulot et il a bien fallu que je dise à mes collègues que je suis vegane avant qu’elles réservent le resto pour le repas de fin d’année… On verra bien si ce sera un sujet ou non et comment je me débrouille après toutes ces années où on m’a laissée tranquille par rapport à mes convictions 😋

    1. Bonjour Léa,

      C’est sûr que le confort du non-sujet va peut-être être remis en question un temps, mais au bout de 9 ans, au pire, tu hausses un sourcil ^^ “ho, je peux manger peinard ou quoi ?” 🙂
      Comment ça, je n’aide en rien à ton intégration future ?

  2. Audrey says:

    Bonjour Mélanie,
    Au début de mon végétarisme, je n’osais pas l’avouer à mes parents en me disant « ca va, pour un repas je fais avec » avant de me dire « mais… si je ne leur dis pas et ne tape pas du poing sur la table… ça ne changera jamais en fait 🤔🤔😅 » . J’essaie d’expliquer (ou pas… quand certaines personnes sont trop fermées ça ne sert à rien de s’épuiser) que c’est une question de principe, que ça les choque aujourd’hui mais que j’espère que ce sera la norme demain ! Merci pour ces réflexions et la distinction que tu poses entre extrême et radical. Comme tu le dis, on ne change pas le monde en disant « je ne veux pas déranger » l’ordre établi, c’est évident quand on regarde les combats sociaux et sociétaux passés mais ça fait du bien de le dire 😃 ça fait réfléchir et motive pour assumer et agir !

    1. Bonjour Audrey,
      On a toutes un point de “rupture” qui nous permet enfin d’ouvrir les yeux et effectivement, avoir des extrêmes permet en un sens de comprendre qu’il y a autre chose de plus à faire, dans de si nombreux domaines.
      En parler en public n’est pas chose aisée, mais on vit un peu mieux après (enfin, selon l’entourage^^).

      En tout cas, je suis contente si ça t’inspire !

  3. Sophie says:

    Ce billet est tellement intéressant. Merci.
    Clairement, il dérange, il pousse dans les retranchements. Il fait réfléchir, et je pense que c’est le but.
    Il faudra que je réfléchisse et que je le relise pour pouvoir répondre à tes questions, mais je pense déjà à quelques situations…

    1. Bonjour Sophie,

      C’est effectivement un exercice difficile, mais parfois ça permet de poser les choses, de voir les avancées accomplies et celles qu’on envisage également !

  4. Pauline says:

    Bonjour Mélanie,
    Merci pour cet article percutant ! Il donne à réfléchir sur bien des sujets…
    Pendant plusieurs année, j’ai été végane à la maison mais pas à l’extérieur, pour “ne pas embêter les autres parce que c’est déjà assez difficile”. C’est en allaitant mon enfant que j’ai dit STOP, j’assume, je suis végane un point c’est tout.
    Le cousin de mon compagnon me disais qu’il ne mangait plus de viande chez lui mais qu’il en mangeait toujours chez ses parents et trouvait ça “extrême” que je n’en mange pas à l’extérieur. Alors qu’en même temps, une de mes amies végane, à refusait de s’assoir à une table ou se trouvaient des produits d’origine animale, me demandant comment j’y arrivais…. Bref, on est toujours l’extrême de quelqu’un ^^’

  5. Cécile says:

    Juste merci pour cet article qui fait tellement de bien tout en nous inventant à être plus attentifs à nos comportements.

  6. Lara says:

    Woh. La claque. Ça fait du bien à lire… eeeet ça fait grincer des dents, parce que je fais beaucoup de compromis 🙁 Je suis végétalienne à la maison (mais l’Amoureux rapporte encore souvent des biscuits avec des œufs et parfois je craque). Mais dehors, c’est autre chose, essentiellement parce que c’est compliqué de trouver sans viande *et* sans fromage, déjà. Tu me permets de remettre cet état de fait en question, et je suis en train de noter les plats végétaliens dans les restos et snacks autour du boulot, pour essayer d’être plus en accord avec ce que je veux être. Merci. Merci pour le boulot abattu et merci pour l’électrochoc.

    Note supplémentaire : cet article est en « abonné⋅es uniquement », du coup on ne peut pas le partager à tout le monde, c’est volontaire ?

    1. Merci Lara pour ton retour, c’est effectivement un sujet délicat, qui ne concerne pas que le végétalisme. C’est pour ça que je voulais en parler, sans me positionner nullement en juge. J’ai des tas de choses à améliorer aussi !

      Et effectivement, c’est un article réservé aux abonné·es uniquement 🙂 Donc les autres n’auront accès qu’à l’introduction.

  7. Agathe says:

    Merci pour ce moment de réflexion… Je considérerais autrement les mots “extrême” ou “radical” à l’avenir…
    C’est souvent la fatigue de devoir se battre en permanence qui me fait accepter le compromis et la tiédeur sur certains sujets…
    Donc ça dépend souvent de mon état physique et moral…
    Mais je vais essayer de réfléchir différemment à l’avenir …
    Merci

    1. Bonjour Agathe,
      C’est tout à fait ça, on fait toutes des compromis, et ce n’est pas simple de vivre dans une société qui n’aide en rien. L’objectif est toujours de tendre vers du mieux, mais il va de soi qu’on n’y arrivera jamais dans tous les domaines !

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