L’intersectionnalité est un concept élaboré par la juriste et universitaire américaine Kimberlé Crenshaw dans les années 1980. Il décrit la manière dont différentes formes de discrimination (racisme, sexisme, homophobie, classisme, etc.) s’entrecroisent et s’imbriquent. L’idée est que les personnes qui appartiennent à plusieurs groupes marginalisés (par exemple, une femme, noire et homosexuelle) peuvent subir des formes de discrimination plus complexes ou spécifiques que celles qui ne subissent qu’une seule forme d’oppression.

L’intersectionnalité permet de comprendre comment ces oppressions se combinent et se renforcent mutuellement, et invite à une approche plus nuancée des inégalités sociales. Dans cet article, je vous propose des ressources pour approfondir un peu ce sujet et des pistes pour adopter petit à petit une approche intersectionnelle.

billet intersectionnalité

Il existe énormément de ressources sur le sujet, j’ai fait une petite sélection. N’hésitez pas à la compléter en commentaires !

Podcast sur l’intersectionnalité

  • “Kiffe ta race” : Animé par Rokhaya Diallo et Grace Ly, ce podcast explore les questions raciales en France sur le mode de la conversation et du vécu.
  • “Un podcast à soi” : Un podcast qui mêle intimité et expertise, témoignages et réflexions, pour aborder les questions de genre, de féminisme, d’égalité entre les femmes et les hommes. Par Charlotte Bienaimé pour ARTE Radio.
  • “Comme un poisson dans l’eau” : Animé par Victor Duran-Le Peuch, Comme un poisson dans l’eau est un podcast “contre le spécisme”. De nombreux épisodes font le lien entre la discrimination exercée par les humains sur les animaux et le capitalisme, la domination patriarcale, le rapport entre féminisme et spécisme.

Article de blog

Cet article vulgarise très bien les enjeux du concept pour le public français et montre comment l’intersectionnalité peut être appliquée dans le quotidien et les luttes sociales.

L’article en soi, et la vidéo à laquelle il fait référence, sont plutôt courts. Mais ce qui est très intéressant, ce sont les commentaires sur le site sous l’article, apportant plein de nuances et de points de vue différents !

Youtube

C’est quoi l’intersectionnalité ? Politikon

C’est quoi l’intersectionnalité ? – Capsule #14

5 Comptes Instagram qui traitent de l’intersectionnalité

C’est là encore un mini-échantillon de ce qui existe, merci à Natasha – Échos verts de m’avoir aiguillé sur cette sélection.

  • @decolonisonsnous : Thématiques de décolonisation, de racisme et de luttes féministes en utilisant une perspective intersectionnelle.
  • @taspensea : Éducation et à la sensibilisation sur les thématiques de justice sociale, des privilèges, et des oppressions. Il sensibilise aux inégalités de genre.
  • @racisme.invisible : antiracisme intersectionnel, justice, éthique et politique.
  • @lesimpactrices : éco-féminisme et antiracisme pour la justice climatique.
  • @bissai.media : antiracisme, transmission culturelle et identité.

Comment adopter petit à petit une approche intersectionnelle au quotidien

L’intersectionnalité nous permet de comprendre que les formes d’oppression comme le racisme, le sexisme ou la discrimination de classe ne fonctionnent pas de manière isolée. Elles se croisent et se renforcent mutuellement, créant des situations complexes et spécifiques pour celles et ceux qui les vivent. Ce concept nous encourage à élargir notre perspective et à envisager les injustices sous différents angles, afin de mieux lutter contre elles de manière inclusive et équitable.

1. Écouter et valoriser les voix marginalisées

Prenez le temps d’écouter et de lire des personnes issues de différentes communautés qui partagent leurs expériences. Recherchez des œuvres de femmes, de personnes racisées, de membres de la communauté LGBTQ+, de personnes en situation de handicap, etc. Cela permet de mieux comprendre les différentes oppressions vécues et d’élargir sa perspective.

2. Remettre en question ses privilèges

L’intersectionnalité consiste aussi à reconnaître les privilèges dont nous pouvons bénéficier. Posez-vous régulièrement la question de savoir comment vos privilèges (par exemple, votre origine sociale, votre genre ou votre orientation sexuelle, l’éducation que vos parents ont pu vous offrir. La santé donc vous bénéficiez est aussi souvent un privilège par vos accès facilité aux soins en raison de la couleur de votre peau, de vos ressources) influencent vos interactions et vos opportunités. Utilisez cette prise de conscience pour soutenir les initiatives des personnes moins privilégiées.

Je lis bien trop fréquemment qu’on ne devrait pas “avoir honte” de ces privilèges. C’est à mon avis prendre le problème à l’envers. Il s’agit d’en avoir conscience afin de mieux repérer les inégalités. Et surtout d’arrêter d’assener qu’on a ce qu’on a grâce “à la sueur de notre front ou nos choix de vie”.

3. Développer une approche inclusive

Dans vos interactions quotidiennes (au travail, dans des discussions ou des projets collectifs), veillez à adopter un langage et un comportement inclusifs. Assurez-vous que tout le monde a la possibilité de s’exprimer, et tenez compte des différentes barrières (culturelles, linguistiques, physiques) qui pourraient limiter la participation de certains. C’est une posture importante quand on est responsable ou manager par exemple, ou représentant·e d’associations, de collectifs.

4. Soutenir des initiatives et des organisations intersectionnelles

Engagez-vous auprès d’organisations qui défendent les droits de différentes communautés et intègrent une perspective intersectionnelle. Que ce soit par des dons, du bénévolat ou en amplifiant leur travail, contribuez activement à des projets qui prônent la justice sociale au croisement des différentes formes de discrimination.

5. Pratiquer la solidarité active

La solidarité consiste à se mobiliser et à agir pour défendre les autres, même si leurs combats ne concernent pas directement votre propre vécu. Soutenez les revendications des personnes marginalisées sans prendre la parole à leur place, mais en les laissant mener leurs propres luttes. Cela passe par exemple par un relai sur les réseaux sociaux, ou pas un coup de mains bénévoles lors d’événements.

6. Adopter une approche de déconstruction continue

Apprendre à penser de manière intersectionnelle nécessite une auto-réflexion constante. Lisez, échangez, discutez et acceptez de vous remettre en question. Identifiez vos biais, éduquez-vous sur les dynamiques de pouvoir et soyez prêt·e à ajuster vos comportements pour mieux inclure la diversité des expériences humaines. On a toustes intériorisé·es des aprioris racistes, grossophobes, sexistes… Impossible de faire autrement dans cette société. Le reconnaitre, c’est un premier pas difficile (c’est rarement un moment de gloire personnelle…). Essayer de changer de point de vue en est un deuxième.

7. Adapter les espaces et les événements

Lorsque vous organisez des réunions, événements ou ateliers, veillez à créer des espaces accessibles et accueillants pour tous. Cela inclut :

  • Des lieux accessibles aux personnes en situation de handicap.
  • Des choix alimentaires variés (je glisse ça là, mais un repas végétalien conviendra à 90 % des gens…).
  • L’utilisation d’un langage simple et inclusif pour favoriser la participation de toustes, y compris des personnes ayant des difficultés de lecture ou un niveau de langue différent.

Si possible, proposez des services de garde pour les parents, des interprètes en langue des signes ou encore des aménagements d’horaires flexibles.

8. Refuser le “tokenisme”

Le tokenisme est une traduction du mot anglais token, qui signifie “jeton”. Il consiste à intégrer une personne appartenant à un groupe marginalisé uniquement pour “cocher une case” et donner une image de diversité sans accorder un réel pouvoir décisionnel. Évitez d’inviter des personnes issues de minorités juste pour montrer une diversité apparente. Assurez-vous plutôt de leur offrir un espace de parole authentique et des possibilités réelles de contribuer aux décisions et aux changements.

9. Questionner les normes établies

Prenez l’habitude de remettre en question les normes et pratiques qui semblent “naturelles” ou “évidentes” dans votre milieu de travail, vos cercles sociaux ou votre famille. Les règles et structures existantes sont souvent construites autour d’un modèle dominant (par exemple, masculin, blanc, valide, hétérosexuel). Proposez des alternatives qui incluent davantage de diversité, que ce soit dans la manière de mener des réunions, de structurer des projets, ou même dans le choix des sujets abordés.

10. Promouvoir l’éducation intersectionnelle

Encouragez l’intégration de l’intersectionnalité dans les espaces éducatifs que vous fréquentez (écoles, ateliers, formations). Que vous soyez étudiant·e, enseignant·e ou formateur·trice, proposez des ressources (livres, articles, films) qui abordent les discriminations croisées. Favorisez également des discussions qui explorent les enjeux liés à la classe sociale, à la race, au genre et à d’autres formes d’oppressions, afin de normaliser ce type d’analyse dès le plus jeune âge.


Ces pistes permettent d’ancrer encore plus profondément l’intersectionnalité dans le quotidien de manière à promouvoir une société plus inclusive et équitable. Elles permettent d’appliquer l’intersectionnalité de manière concrète dans la vie quotidienne, en transformant non seulement notre manière de penser, mais aussi d’agir et de soutenir les autres.

Est-ce que c’est un concept que vous connaissiez ? Auquel vous êtes confronté·e·s ?

7 Comments

  1. nadege.debilly says:

    Merci beaucoup pour ce partage. C’est tellement enrichissant de s’ouvrir sur le monde. Pleins de choses à lire, à écouter, à suivre. Merci

  2. Lucie says:

    En podcast il y a aussi “Overbookées”, “A l’intersection”, “Ni ton hindou, ni ton pakpak”. En livres, j’ai trouvé “Pour une écologie pirate” de Fatima Ouassak très intéressant. J’ai pas encore lu “Une écologie décoloniale” de Malcolm Ferdinand mais il est sur ma liste, et “De chair et de fer” de Charlotte Puiseux aussi (sur le validisme). Enfin il y a tellement de ressources ! Beaucoup de comptes insta pour diversifier ses lectures.
    Le collectif

    1. Lucie says:

      Oups mon message est parti trop vite. Je voulais dire qu’il y a le collectif antivalidiste Les dévalideuses qui a beaucoup d’articles sur son blog aussi. Ah et le livre “Les musulmanes ne sont-elles pas des femmes ?”de Hanane Karimi a l’air vraiment très intéressant aussi.

  3. ISABELLE says:

    Bonjour melanie,
    Je ne connaissais absolument pas
    Ce main j’ai survolé mais je vais me pencher la dessus.
    Merci de faire avancer la societe !
    info : impossible d’activer le “j’aime”
    Bonne journée et le meilleur pour toi en cette periode (mais pas que !!)
    Isabelle Miaou

    1. Bonjour Isabelle,

      Le “j’aime” est pour les personnes qui ont un compte Worpdress ( la plateforme avec laquelle j’ai créé mon blog).
      Contente si ça peut t’apporter quelques informations, je trouve qu’après, on a une lecture différente du monde 🙂
      Bon week-end !
      Mélanie

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